Us: le somptueux cauchemar de Jordan Peele

Après l’excellent Get Out qui apportait au cinéma d’angoisse un souffle de modernité, Jordan Peele nous invite dans son nouveau cauchemar au propos plus généraliste, mais tout aussi efficace.


Us, « nous », « United States », est une introspection sur le rêve américain qui s’éloigne des questions raciales soulevées dans Get Out pour s’interroger plus généralement à l’impact de nos habitudes de vie et de consommation. Là où Jordan Peele s’intéressait à l’impossible mixité ethnique, cristallisant ainsi le règne de Trump, Us suit une famille afro-américaine qui à réussi. Fréquentant des familles blanches aisées, et s’octroyant eux-même des vacances dans leur maison secondaire près de la mer, la famille Wilson constituée de Gabe et Adélaïde, et de leurs enfants Zora et Jason vit dans le confort. Mais leur séjour à Santa Cruz vire rapidement au cauchemar lorsqu’une famille profite de la nuit tombée pour les terroriser. Une situation classique du film d’horreur que Jordan Peele utilise pour mieux en détourner les codes, puisque les individus en question ne sont qu’une réplique maléfique de la famille Wilson. Vêtus de combinaisons oranges, rappelant l’uniforme des prisonniers aux États-Unis, ces dopplegangers vont prendre en otage les Wilson et leur faire vivre une nuit d’horreur.

À bien des égards, Us se distingue de Get Out par son propos moins ciblé, son humour très présent et toujours parfaitement rythmé avec les scènes d’angoisse, mais aussi avec ce sentiment que Jordan Peele rebat sans cesse les cartes au fil du film pour ne pas enfermer son discours. On sent par ailleurs sa patte dans la manière très habile de construire des moments de tension et de les mettre en image et en musique. Après seulement deux films, on lui reconnait déjà un style très particulier et redoutablement efficace, à travers des plans iconiques aussi beaux que flippants. Il est toutefois important de bien comprendre le réalisateur pour en saisir l’œuvre. Us, au même titre que Get Out n’est pas un film d’horreur au sens strict, bien qu’il en reprennent parfois l’esthétique, mais plutôt un film d’angoisse à portée politique.

Us décrit à travers ces doubles maléfiques, à l’esprit et aux corps altérés, le côté sombre de chaque individu. Mais on peut y voir de manière plus spécifique deux choses : en premier, le miroir de notre propre déviance au sein de la société qui nous pousse à vouloir, à désirer, à posséder et à consommer. En second, on peut également interpréter ces êtres torturés, et en uniforme, comme l’incarnation des premières victimes du capitalisme, les ouvriers. Connaissant bien souvent une existence courte et laborieuse, évoluant dans l’ombre des grandes usines et fabriques, sans que l’on ne se soucie de leur sort, ce sont ces derniers qui portent sur leurs épaules, le poids faramineux du mode de vie occidental. Et alors, quel meilleur moyen pour nous en faire prendre conscience, que de donner à ces personnes inconnues notre propre visage ?

Kikou

Par une esthétique impeccable et une gestion millimétré de la tensionUs dérange tant par sa mise en scène angoissante, que par sa portée politique qui semble s’adresser directement à nous, occidentaux. Questionnant à la fois notre confort et notre liberté, la courte filmographie de Jordan Peele nous berce d’horreur, tout en nous invitant à nous réveiller.

Us, au cinéma le 20 mars 2019

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *