Star Wars: L’Ascension de Skywalker (avec spoilers)

C’est le dernier épisode d’une trilogie qui avait déjà pris un très mauvais départ, Star Wars IX : L’Ascension de Skywalker vient refermer la saga et tente au passage de recoller les morceaux laissés par Les Derniers Jedi.  Quel est le verdict ? J.J. Abrams parvient-il à rectifier le tir et proposer une fin honorable ? (Attention, cet article contient des spoilers !)


UN SAGA EN CONFLIT AVEC ELLE-MÊME

En ouverture de cette post-logie,  J.J. Abrams proposait un épisode 7 en demi-teinte. Si ce cinéaste aux talents indéniables peut justifier de productions ambitieuses telles que les séries Alias et Lost, ou les films Mission Impossible 3, Super 8 et Star Trek, on lui reproche souvent son côté trop mainstream, qui ne prend pas de risques. Le Réveil de la Force est à cette image, une copie conforme de l’épisode Un Nouvel Espoir, tout à fait satisfaisante pour les fans, mais en rien surprenante.

Le stagiaire Photoshop a encore frappé…

Dans le volet suivant, Star Wars VIII : Les Derniers Jedi, le réalisateur Rian Johnson tentait alors de s’affranchir du script prévu par son prédécesseur en opérant un virage a 180 degrés et ainsi décidait de tout déconstruire, cherchant à tout prix à surprendre le spectateur et le sortir de sa zone de confort. Par des choix artistiques et scénaristiques audacieux, il parvient à apporter de la nouveauté dans l’univers, mais la magie peine à opérer. Et pour cause, il ne respecte pas la suspension d’incrédulité.

La suspension consentie d’incrédulité est l’opération mentale qu’effectue le spectateur pour accepter ce qu’on lui montre à l’écran pendant toute la durée du film, que ce soit réaliste ou non. En contrepartie, le réalisateur doit lui proposer sa vision de l’histoire en s’assurant de ne pas heurter ou profiter de cette suspension d’incrédulité. Il doit pour cela mettre en place une diégèse (un univers fictif) cohérente et vraisemblable qui répond à des règles connues du spectateur. Lorsque qu’on modifie brutalement ces règles au cours du film, le spectateur perd ses repères et a le sentiment d’être dupé.

C’est exactement ce que fait Rian Johnson à longueur de temps dans Les Derniers Jedi. En faisant de Léia une Jedi quasi immortelle capable de résister au vide de l’espace, lorsqu’un simple vaisseau en hyper-espace peut anéantir une flotte toute entière de destoyers impériaux, lorsqu’il fait de Luke un vieux bonhomme aigris qui méprise les jedis ou qu’il se débarrasse de personnages importants de manière anecdotique (rip amiral Ackbar..) , il bouleverse les règles qui ont défini la diégèse de Star Wars durant sept films. Or, chaque changement majeur doit être opéré avec finesse et vraisemblance pour que le spectateur y voit un formidable coup de théâtre, plutôt qu’une facilité scénaristique.

DÉFAIRE, PUIS REFAIRE

Constatant des remous importants dans la fanbase de Star Wars, la société Disney qui possèdent aujourd’hui Lucasfilm a pris sur elle de rappeler J.J. Abrams pour essayer de sauver les meubles. Un cadeau empoisonné qu’il a pourtant accepté, avec pour mission de rafistoler les changements opérés dans l’épisode 8 pour revenir sur le chemin qu’il avait imaginé au départ. Problème, Rian Johnson à tout détruit : Snoke, la résistance, le côté obscur de Kylo Ren, Luke. On se retrouve sans véritable méchant ni enjeux narratifs pour continuer la saga. C’est alors que J.J. Abrams tire de son chapeau un atout à peine bancal, faire revenir le grand méchant avec qui tout a commencé : L’empereur Palpatine/Dark Sidious. Et pour ne pas avoir à justifier ce choix, il se contente de le spoiler une première fois dans les bandes annonces et les  affiches du film, et une seconde dans le générique de début. Le spectateur n’a alors plus d’autre choix que d’accepter cette aberration comme faisant partie du récit.

LE PIRE STAR WARS ?

Ironie profonde, Star Wars IX ne parvient même pas à se hisser à la hauteur de l’épisode précédent. La direction artistique est moins ambitieuse, les relations entre les personnages presque artificielles, et les quelques plans inspirés rappellent étrangement d’autres films (Xmen : Days of future past pour les monolithes impériaux dans le ciel obscurcit, et Interstellar pour la scène sur Endor au milieu de la mer en furie). Le film s’emballe dans un rythme effréné qui ne laisse pas le temps de s’émouvoir, chaque scène traduisant l’impatience du réalisateur d’arriver rapidement à la fin.

Les personnages deviennent alors une réelle source d’embarras pour ce dernier qui peine à leur donner de la profondeur. Exit l’ancienne génération : Léia devait jouer un rôle central dans ce dernier opus, mais le décès prématuré de l’actrice a contraint les producteurs à bidouiller quelques apparitions grâce aux rushs des films précédent. Le résultat est plutôt convenable compte tenu des circonstances. Quant à Luke, sa mort absurde aura achevé d’enterrer sa légende, son apparition ici étant vraiment anecdotique. Affublé d’un brushing et d’un effet fantomatique des plus cheap, il ne sert ici qu’à tacler Rian Johnson sur le traitement vraiment injuste de son personnage. Lando est presque secondaire en papy de l’espace et n’apporte pas grand-chose à l’histoire. Reste donc le caméo de Han Solo face à son fils Ben qui offre un des rares moments un peu émouvants.

Pour ce qui est de la nouvelle génération, c’est un véritable désastre. Seul Rey et Kylo Ren parviennent à porter le film au prix d’un effort gigantesque, pourtant tué dans l’oeuf par des rebondissements invraisemblables et un final digne d’un téléfilm de noël. Les autres sont purement et simplement absents du film. Finn irrite par son jeu médiocre et ne parvient jamais à se faire une place dans le récit. Sa relation avec Rose est complètement reniée au profit pourtant d’une relation totalement identique avec Jannah. Poe essaye de gagner un peu de profondeur en s’inventant subitement en backstory une amourette totalement forcée avec Zorii. Et le reste du casting fait juste office de figurants. Côté empire, on n’attendait pas grand-chose de Palpatine si ce n’est de nous offrir une menace un peu crédible, mais les justifications de son retour sont aussi peu convaincantes que l’est son plan machiavélique pour conquérir la galaxie. Reste Hux qui devient touchant et drôle par ses interventions absurdes et son rôle d’espion maladroitement amené.

UN PROJET PERDU D’AVANCE

Mais ce qui achève le film de basculer dans le nanard grotesque et comique, c’est cette surpuissance sortie de nulle part d’absolument TOUS les personnages. La Résistance se bat à découvert à 10 contre 10 000, galopant joyeusement à cheval sur l’un des nombreux destroyers impériaux possédant la capacité destructrice d’une étoile de la mort. Rey est devenue à elle seule Superman, Néo et Thanos. Dotée de pouvoir télékinésiques démesurés, du pouvoir de guérison et de résurrection, et de 2 sabres lasers, on ne voit pas bien ce qui pourrait lui résister. Elle se débarrasse d’ailleurs de l’empereur dans un final aux allures de pétard mouillé, et plagie au passage la disparition de Voldemort (puisque après tout, pourquoi s’embêter à trouver des idées..). Tous les choix scénaristiques ressemblent à ceux que ferait un enfant…

…Et c’est peut-être ce qui fait son charme.

Ce film n’est pas un film Star Wars. c’est une histoire inventé par deux enfants qui jouent avec des jouets Star Wars, se disputant les rôles, changeant tantôt l’histoire dans un sens, tantôt dans l’autre, par désaccord. Le film devient comique tant il s’éloigne de la saga originelle pour devenir simplement le témoignage maladroit d’un amour inconditionnel pour cet univers qui nous a accompagné depuis notre enfance. Et honnêtement, pouvait-il en être autrement ?

Tous, nous voulons prendre part à cette aventure, choisir notre histoire, créer nos personnages afin de continuer à la faire vivre, à lui rendre hommage. C’est d’ailleurs quelque chose de flagrant dans cette trilogie. La nouvelle génération que nous sommes, incarnée à l’écran par Rey, Finn et Poe ne parvient pas à se faire une place car eux-mêmes sont des fans de la première heure. Élevant la guerre des étoiles et ses protagonistes (Luke, Léia, Han Solo) au rang de « mythe » ou de « légende », alors que dans le film, ces événements ont tous juste 40 ans, montre bien que ces nouveaux personnages incarnent davantage une fanbase que l’avenir de la saga.

CONCLUSION

Il existait derrière tout cela un autre Star Wars, plus ambitieux et proche de notre époque. Rogue One a d’ailleurs été un aperçu de la qualité cinématographique que l’on pouvait nous proposer, et cette trilogie en possède tous les éléments : un rôle principal féminin, une génération qui cherche sa place dans la galaxie, une ouverture d’esprit sur des cultures et des sexualités différentes. Exploités avec finesse, ils auraient offert un spectacle grandiose tout en parlant de notre société et de notre époque. Mais les producteurs ont préféré assurer un cahier des charges sans envergure pensant satisfaire le public au lieu de laisser la chance à un vrai auteur de réinventer la saga. On pourra cependant trouver quelques satisfactions dans ce divertissement plus que correct aux allures parfois nanardesques, en se disant qu’il y a plus grave dans la vie, et que la saga Star Wars, la vraie, restera quoi qu’il arrive, un éternel bijou de la pop-culture.

Star Wars IX : L’Ascension de Skywalker, au cinéma le 18 décembre 2019.

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