Scandale de Jay Roach

Des ombres écrasantes pèsent sur Scandale. L’affaire Weinstein bien entendu, qui a défrayé la chronique fin 2017. Mais aussi celle de Donald Trump, qui traverse frontalement le film de part en part. À un niveau artistique, difficile de ne pas penser à la série The Loudest Voice (sur le même sujet). Ou également à Vice d’Adam McKay (concernant le vice-président Dick Cheney), auquel le long-métrage de Jay Roach semble emprunter quelques procédés (quatrième mur brisé, voix-off). C’est d’ailleurs là que ça coince au départ.
Durant sa première partie, Scandale peine à choisir sur quelle voie s’engager : pamphlet anti-Trump, réquisitoire contre le patriarcat, constat social amer. Faute de se décider, le film tente de passer de l’une à l’autre. Résultat, il faut attendre presque une heure pour que l’intrigue se recentre sur le sujet (les agressions sexuelles perpétrées par Roger Ailes, fondateur de Fox News). Il me semble qu’il aurait été plus opportun d’être plus direct, en laissant à l’arrière-plan le 45ème président américain.
Une fois que la deuxième partie se focalise sur le combat de ces femmes contre le président de la chaîne, Scandale tape fort. La peinture désenchantée d’un corps social gangrené par la cupidité et l’absence d’empathie est saisissante. Abordant de front les questions morales entourant l’attitude des uns et des autres, le script de Charles Randolph (précédemment coscénariste sur The Big Short) offre une densité remarquable à ces personnages.
Je pense notamment à celui de Margot Robbie (inventé pour le film), qui offre un arc narratif – et tragique – complet. Nicole Kidman n’est pas en reste, tranchante comme un rasoir dans le rôle de Gretchen Carlson. Mais je n’ai eu d’yeux que pour Charlize Theron. L’actrice délivre une performance phénoménale dans le tailleur de Megyn Kelly, affichant un répertoire de jeu alliant force et subtilité. Le trio -il fallait s’en douter- illumine tout le film, même s’il serait injuste d’oublier les prestations exemplaires de John Lithgow ou Mark Duplass.
Ce qui manque à Jay Roach pour faire de Scandale une référence tient à l’autorité nécessaire pour rendre la narration limpide. C’est dommage, parce que le film a le bon goût de rendre hommage à celles qui ont brisé le silence tout en admettant que beaucoup reste à faire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *