Dans la playlist de Xavier Dolan

Xavier Dolan aime les personnages torturés, les cadrages sur le troisième tiers, les conflits mère-fils, les excès de colère, les gros plans et les vêtements passés d’âge. Mais ce qu’il préfère par-dessus tout, ce sont les chansons, le choix de la bande originale. Comme une playlist « plaisir coupable », qu’il dissémine depuis le début de sa filmographie. Et plus il prend de la bouteille, moins il hésite à en mettre. Parfois à outrance ?


J’ai tué ma mère, des débuts éclectiques

On aurait dû s’en douter. Qui fout du Luis Mariano à la B.O de son premier film, sérieusement ? 
Un gosse, 20 ans à peine, ose mettre un titre certes à propos – Maman la plus belle du monde – mais qui ressemble à un pari à quitte ou double. Surtout que Dolan le conjugue ici à du Crystal Castles, du Surface of Atlantic dont il utilise pas moins de quatre morceaux, mais aussi du Vive la Fête. Première oeuvre, premier soundtrack, ça marque le ton.

Les amours imaginaires, l’orgie auditive

Xavier Dolan passe une étape. Et il a sorti son lecteur MP3 fétiche pour construire la partition de son deuxième film. De Dalida à France Gall, en passant par Indochine et Isabelle Pierre, le metteur en scène revisite à 21 ans la nostalgie de la chanson française. Mais pas seulement. 
En plus de convoquer Jean-Sébastien Bach par deux fois, il entremêle le hip-hop de House of Pain, l’électro de The Knife et même le rock de Police, interprété par Niels Schneider dans le film. Juste génial. 

Laurence Anyways, l’étonnement jusqu’au bout
 

En plus de son sujet, qui relie amour et identité, Laurence Anyways dégage la piste pour une bande-son complètement dingue. Dolan remet du Fever Ray, déjà entendu dans « Les Amours Imaginaires », réutilise du classique avec Brahms, Tchaikovski et Prokofiev en chefs de file, mais se le joue aussi « regard dans le rétro ». En s’entourant des compositions de Kim Carnes, The Cure, Duran Duran, Visage et Depeche Mode, le réalisateur canadien se jette à corps perdu dans le passé. Il fait également appel pour la première fois à une reine de la variété, une compatriote, qui lui offrira un beau cadeau deux films plus tard…

Tom à la Ferme, la surprise du silence 

Une ouverture. Un chant a cappela. Kathleen Fortin reprend « Les Moulins de mon Coeur » de Michel Legrand dans un silence résonnant, de ceux qui imposent une ambiance. Par ses allures de thriller, « Tom à la Ferme » devait à l’origine ne comporter aucune musique pour ajouter au climat de tension. Xavier Dolan se laissera finalement aller à quelques concessions. Cette intro magique et la collaboration de l’oscarisé Gabriel Yared participeront à la bande-son la plus taiseuse de sa filmographie. Ça change ! 

Mommy, l’apogée

Une mère, un fils et la voisine qui dansent sur du Céline Dion : cette séquence de Mommy avait tout du moment casse gueule. Finalement, c’est l’une des scènes les plus réussies du film« Tous mes personnages aiment Céline Dion. J’aime la mélodie, les arrangements, je trouve que c’est une chanson puissante, tendre. estimait Dolan en 2014. Et il avait raison. Au jeu des souvenirs musicaux du film, la diva canadienne dépasse de très loin Lana del Ray, Andrea Boccelli, Simple Plan, Eiffel 65 ou même le groupe Oasis. Comme quoi, on ne change pas…

Juste la fin du monde, le petit couac

Pourtant salué à Cannes et aux Césars, Juste la fin du Monde est loin d’être le meilleur Dolan. Même si la chanteuse Camille est convoquée, que ExoticaLost Frequencies et Blink 182 se rencontrent, cette bande originale semble bien plus surfaite que les précédentes. En cause notamment, l’utilisation excessive et lourde de « Dragosta Din Tei » du groupe roumain O-Zone et « Natural Blues » de Moby qui, à l’image des situations entre les personnages, est assez maladroite. Nobody is perfect ! 

Ma Vie avec John F. Donovan, de l’économie à l’essentiel

Forcément, c’est un événement. Et Dolan ne déçoit pas. En attaquant avec trois minutes d’Adèle en introduction (pour qui il a tourné le clip d’Hello), le réalisateur marque le ton. Ce tourbillon quotidien de célébrité se dévoile sur « Rolling in the Deep ». Laissez trois minutes à Dolan, il vous plante un décor. 
Bien sûr, il y a encore de nombreuses références dans cette dernière pépite sonore, mais elle n’agresse pas l’oreille : Woodkid, Florence + The Machine, Cat Power ou encore The Verve, rythment la partition.


En somme, il y a beaucoup de nostalgie chez Dolan, du kitsch bien sûr, mais surtout des éléments qui frappent comme des piqûres de rappel. Pour les personnages, la musique délivre toujours des indices sur leur psychologie. Pour les spectateurs, qui s’immisceront dans des époques oubliées. Et quid ce Matthias et Maxime ? La force musicale rivalisera t-elle toujours autant avec la force narrative ? Réponse le 16 octobre dans les salles de cinéma !  

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