Matthias et Maxime : mes amis, mes amours, mes emmerdes.

Après 3 ans de tourments cinématographiques qui ont mené Xavier Dolan vers des succès critiques mitigés, le voilà de retour devant et derrière la caméra. À peine 6 mois après la sortie de La vie et la mort de son John.F Donovan, film accouché avec douleur après une production quelque laborieuse, Dolan remet le couvert pour le meilleur et… pour le meilleur. Bourré de simplicité et d’efficacité, ce Matthias et Maxime est un régal.


Retour à Cannes

En mai 2019, 10 ans après le succès critique de J’ai tué ma mère, le Festival de Cannes ouvrait de nouveau les bras à son enfant chéri.. On se souvient avec émotion de cette 1re projection à l’issue de laquelle Xavier Dolan c’était littéralement liquéfié au milieu de l’immense foule qui peuplait la grande salle lumière en cette rare journée de beau temps… Au milieu de cette assemblée qui applaudissait à tout rompre, le réalisateur a fait tomber le masque. L’arrogance et l’assurance qu’il se plait trop souvent à afficher ont soudainement disparu sous un torrent de larmes. Après de longues minutes d’applaudissement et d’encouragements, la salle s’est tue, les lumières se sont éteintes et une curieuse ambiance s’est mise à planer sur la salle du Grand Théâtre Lumière ! On était comme transi de peur, plein d’espérance et on avait surtout une envie folle de retrouver ce cinéma authentique et humain qui avait habité ses 1ers films ! Et le miracle eut lieu…

On coupe le son

Pour ce 8eme film, Xavier Dolan met un sacré coup de collier à sa filmographie, sans pour autant trahir ses habitudes scénaristiques et visuelles. Ressorti grandi de ses 2 dernières expériences cinématographiques, ce nouveau film apparaît bien plus épuré, plus simple et plus authentique. Fini les scènes clippées aux couleurs pop dans lesquelles Dolan s’amusait à vider le contenu de son iPod… Cette fois, on baisse le volume sonore et on évite les trop grandes envolées musicales qui ont trop souvent pollué ses films. Seuls quelques airs de piano, ceux qui ont su si bien caractériser ses 1ers films, viennent habiller l’image sans étouffer son contenu. Les rares séquences musicales « pop » sont dosées et pleinement justifiées par les scènes dans lesquelles elles sont insérées. Et si on pouvait craindre l’overdose avec la présence de Xavier Dolan devant et derrière la caméra, que nenni ! À croire que plus il y a de Xavier Dolan devant la caméra et moins le film prend la trajectoire d’un film Dolanien classique. Toute fois on oublis pas pour autant les grandes thématiques qui jalonnent et inspirent son cinéma : la relation mère-fils en tête, les questionnements sur le genre, la sexualité. Le tout semble tout de fois plus épuré et moins lisse.

Qui s’évite s’attire

Matthias ( Gabriel D’Almeida Freitas) et Maxime (Xavier Dolan) c’est avant tout une folle histoire d’amour et d’amitié. Au cours d’un weekend entre amis, Matthias et Maxime se retrouve à participer à un court-métrage. Son thème ? Le baiser entre 2 garçons. De ce baiser nous n’en verrons seulement les conséquences. Perturbés par l’exercice, Matthias et Maxime se trouvent alors une curieuse attirance charnelle. L’un et l’autre chercheront à tout prix à éviter l’évidence, allant jusqu’à rompre ce qui leur est le plus précieux : leur amitié. C’est ainsi que le film suit la lutte de ces 2 personnages. A mesure qu’ils prennent toute la mesure de l’amour qu’ils se portent, tout est remis en question, les projets d’avenir, leurs couples respectifs, leurs jobs… Un bouleversement global qu’ils ne pourront surmonter qu’à une seule condition : exprimer leurs sentiments.

Dolan aborde et interroge cette amouritié complexe via l’environnement social de ses personnages. C’est ainsi qu’il met en image le cheminement de ses 2 protagonistes dans l’acceptation de leurs nouveaux sentiments. L’idée de chemin est d’ailleurs très présente tout au long du film, Dolan film des routes et leurs lignes à plusieurs reprise et vient y mettre en scène Matthias et Maxime, les mettant en opposition au chemin tout tracé dans lequel il avançait jusque ici. Si Maxime évolue très largement dans un milieu féminin entre une mère sous sa tutelle, une tante haute en couleur et un milieu professionnel très féminin, de son côté Matthias, installé et en couple, brigue une brillante carrière d’avocats et côtoie des collègues pas toujours vertueux envers les femmes… ! Si le 1er semble peu se soucier de ce que son entourage peut penser de ses orientations sexuelles, le second prend ses interrogations beaucoup plus au sérieux et perd peu à peu le contrôle de son image professionnelle et personnelle à mesure que son amour pour Maxime l’envahit.

Libéré, délivré.

Matthias et Maxime apparaît comme le film plus intime de Xavier Dolan. On sent que ce 8e film est le fruit de l’expérience et du vécu du réalisateur (l’école de la vie?). Sa trentaine toute fraîche et ses récentes expériences cinématographiques malheureuses semblent avoir ouvert de nouveaux champs de réflexion et une nouvelle manière d’aborder l’acte de filmer et de raconter une histoire faisant au passage tomber le mur académique qui a trop souvent pollué ses films empêchant nombre de spectateurs d’apprécier pleinement ses réalisations. Dolan invite les spectateurs à apprécier son film comme il nous inviterait à nous asseoir à sa table. On se retrouve au milieu de sa joyeuse et belle bande d’amis avec qui il entretient une amitié à l’écran comme à la vie. L’amour qu’ils se portent les uns les autres transparaît au-delà du film et l’englobe d’un véritable élan de spontanéité et de sincérité.

Ce terrain intime est une aubaine qui pousse le réalisateur à expérimenter et oser. Certains moments du film nous font même oublier qu’on est devant un film de Xavier Dolan. Comme s’il arrivait enfin à se délivrer de sa propre influence, donnant une dimension beaucoup plus adulte à son film. Une belle manière de tendre un beau majeur à ses détracteurs, prouvant au passage qu’après 10 ans de carrière et 8 films le temps de l’enfance est révolu et qu’une nouvelle ère s’ouvre pour Xavier Dolan. On parie fortement que les sceptiques finiront définitivement par être confondus… !

Matthias et Maxime, au cinéma le 16 octobre 2019

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