Mariage Story de Noah Baumbach

Noah Baumbach, en s’inspirant de son propre divorce, signe certainement là son meilleur film et peut-être l’une des plus belles œuvres qu’il nous ait été donné de voir sur le sujet. Il parvient à nous offrir un film qui ne soit ni larmoyant ou versé dans le pathos mais qui nous émeut tout de même à plusieurs reprises, doucement, simplement. De la même manière, il réussit l’équilibre opposé en ne tombant pas dans la gaudriole ou les notes d’humour trop appuyées mais en parvenant souvent à nous faire sourire voire même à nous faire rire lors de quelques scènes ou répliques. Bref, avec « Marriage Story », un titre d’ailleurs d’une ironie mordante et bien trouvée, il signe un long-métrage d’une justesse infinie. Un long-métrage qui nous charme dès les premières secondes pour ne plus nous lâcher pendant plus de deux heures au fil des événements vécus par ce couple. Des événements qui ne sont jamais poussifs ou exagérés mais équitablement partagés entre drame et humour et qui proposent également en filigrane une amusante opposition entre les deux grandes cités que sont LA et NYC.

On a là certainement la comédie dramatique contemporaine parfaite sur ce sujet, mais aussi et plus largement sur une relation entre deux personnes qui se sont aimées mais vont devoir gérer le service après-vente de leur relation amoureuse. « Marriage Story » dispose d’autres atouts de taille qui en font un plaisir de tous les instants que n’importe quel amateur de vrai cinéma ne pourra bouder. D’abord, plus que son scénario à priori basique et simple sur le sujet, ce sont les dialogues en or massif écrits par le réalisateur qui nous permettent une immersion totale dans ce couple. Les répliques sonnent toutes naturelles et certaines sont si bien envoyées qu’on se les remémore à la fin. Lors des longues séquences judiciaires ou d’un affrontement verbal entre cet homme et cette femme, on est comme pendus à leurs lèvres. Mais de bons dialogues ne suffisent pas s’ils ne sont pas débités par de bons acteurs au sommet de leur art.

Et ici c’est le cas. On ne va pas parler de rôles d’une vie au vu de leurs âges respectifs, ils ont tous deux encore beaucoup à donner, mais Scarlett Johansson et Adam Driver livrent là des prestations si justes, intenses et vraies que ce film risque de les mener direct vers la route des Oscars. Et le fait de les mettre en couple de cinéma est l’une des meilleures associations de comédiens de cette année. Ils resplendissent, touchent, émeuvent et interpellent à chacune de leurs apparitions en solo ou en duo. Et dès les premières minutes de « Marriage Story » qui présentent d’une manière originale et attachante leurs personnages, on est conquis par leur osmose à l’écran. Cette accroche drôle, tendre et synthétique nous cueille à merveille. Mais les seconds couteaux ne sont pas en reste : dans le rôle de leurs avocats, Ray Liotta, Alan Alda et surtout une Laura Dern déchaînée rendent la partie judiciaire hautement jubilatoire, à la fois cruelle et drôle. En somme, ce film est un petit bijou de précision psychologique qui n’en fait jamais trop et nous montre l’envers du décor d’une histoire d’amour, divorce et combat pour la garde inclus, avec une maestria incomparable. En nous réservant son lot de moments drôles (la réplique récurrente concernant l’espace à Los Angeles, la folie de la belle-mère, …) mais surtout déchirants (l’affrontement final du couple dans l’appartement où l’émotion est à son comble). Du grand art.

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