Les garçons sauvages, des garçons aux féminins

Le 11 février dernier, le Théâtre National de Bretagne a eu la chance de recevoir Bertrand Mandico pour la première avant-première – hors festival – de son premier long métrage, Les garçons sauvages. Un film, qui depuis quelques semaines fait beaucoup parler de lui notamment grâce à ses multiples nominations dans les festivals.


Avec Les garçons sauvages, son premier long-métrage, Bertrand Mandico propose une nouvelle façon de faire du cinéma en réalisant un film hybride, ou pour reprendre ses termes, « un film trans ». Dès le casting cette idée est présente puisque pour jouer les garçons, il va demander à cinq actrices de s’y coller. Mandico a ainsi voulu brouiller les pistes entre le masculin et le féminin, comme si cette différence était aujourd’hui désuète. Concernant l’intrigue cette fois, elle brouille elle aussi les genre et les pistes puisque le film est à la fois un film d’aventure, une dystopie, mais aussi dans une certaine mesure un film initiatique. Enfin, la réalisation est elle aussi transversale tant Mandico joue avec les mouvements de caméra, le grain de l’image ainsi que les fondus qui pourraient faire kitsh mais qui donnent au contraire un aspect grandiloquent voir même baroque à certaines scènes.

Pour en revenir à l’intrigue, Les garçons sauvages, c’est l’histoire d’une bande de cinq garçons, qui à la suite d’une crime sordide, se retrouvent, à la demande de leurs parents, embarqués sur un bateau que dirige un vieux marin inquiétant et violent. Bien que la réputation du marin ne soit plus à faire, les cinq garçons n’auront pas peur de lui et iront même jusqu’à tenter une mutinerie. Si au départ les garçons n’ont aucune idée de là où les emmènent le capitaine, petit à petit ils vont comprendre que leur voyage en bateau a un but, une fin, à savoir arriver sur une île de prime abord enchanteresse mais non sans danger. Sur cette île, ils vont faire la rencontre de Séverine, un personnage à la fois rassurant et inquiétant, à l’image de l’île sur laquelle ils se trouvent. 

S’il y a bien une chose qui frappe pendant le visionnage de ce film, c’est l’inversion des codes du masculin et du féminin. Mandico brouille les pistes de façon explicite comme avec ses personnages mais de façon aussi plus implicite notamment lorsqu’il réfléchit à la végétation de son île. Alors que machinalement on pense à la terre nourricière et par extension à la mère nourricière, cette fois-ci, ce sont des plantes en formes de phallus qui nourrissent les garçons. Pour ce qui est des personnages, aucun d’eux n’est réellement homme ou femme. Même le capitaine, parangon de virilité se retrouve affublé d’une poitrine généreuse. Cette présence des attributs masculins et féminins lui confère ainsi une forme d’autorité sur les garçons puisqu’il représente à la fois le père et la mère. 


Pour conclure, Bertrand Mandico réalise ici un premier long-métrage qui, qu’on soit sensible ou non à son univers, ne laisse pas indifférent. Que ce soit le baroque de la mise en scène avec des clins d’œils fait aux tableaux du 17ème siècle qu’on classe sous le genre des Vanités, ou les références multiples à des films comme Alien de Ridley Scott, La belle et la bête de Cocteau, mais aussi à la littérature comme aux romans de Jules Vernes, Daniel Defoe, ou Macbeth de Shakespeare ou encore à William Burroughs à qui il empreinte son titre, absolument rien n’est laissé au hasard. Bien que certains lui reprochent de recycler ses courts-métrages et de ne pas prendre de risques, Les garçons sauvages, est un film qu’à la rédaction de Cinérama nous vous recommandons d’aller voir. Attention cependant, certaines scènes peuvent choquer les plus sensibles. 

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