Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood

Il me semble qu’on peut recevoir ce film d’au moins deux façons :

-Pour celles et ceux qui aiment Clint Eastwood et espèrent que le vieux réalisateur US nous sorte encore un chef d’oeuvre, il y a clairement ici le risque d’être encore déçu. Je ne veux pas parler au nom des fans dont je ne fais pas partie mais je crois que c’est une oeuvre assez mineure dans sa filmographie assez conséquente.

-Et puis, pour les autres (dont je fais partie) qui apprécient sans plus l’acteur/réalisateur légendaire ou qui n’aiment carrément pas son cinéma, le cas Richard Jewell rappelle à qui veut bien le voir que Clint n’est quand même pas le premier venu.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce film qui a provoqué quelques petites polémiques en France (et j’imagine, bien plus aux USA). Il est vrai que le réalisateur a pris pas mal de libertés avec l’histoire vraie. Il y a des ambiguïtés qui sont tues pour créer une empathie plus forte et plus directe avec le personnage, il y a aussi des mensonges assez scandaleux qui sont proférés à l’égard de certains antagonistes afin de les rendre plus facilement antipathiques. En cela, le film est parfois dangereux et, a minima, un poil grossier et manichéen.

Mais il ne faudrait pas oublier que si l’on critique cette oeuvre sur ce point, il conviendrait d’être aussi tatillon avec un grand nombre de films inspirés d’une histoire vraie. Selon son angle d’attaque, les thématiques qui lui sont chères et/ou qu’il veut aborder, un réalisateur tordra très souvent la réalité pour la rendre conforme à ce qu’il essaye de créer.

Ici, il y a donc une critique du journalisme qui ne me choque pas vraiment. Elle est un peu facile et grossière, certes. Mais je ne pense pas qu’elle soit dénuée de sens. A une époque où il est plus important de diffuser des informations rapidement que de les vérifier, étayer, compléter, contextualiser (et vous pouvez rajouter pas mal de verbes, d’adjectifs, etc.), le film est assez salutaire. Le journalisme, même mal en point, même en crise (économique, éthique, institutionnelle) reste le quatrième pouvoir et il a une influence majeure dans nos vies. Petite parenthèse mais il ne s’agit pas tant de critiquer les journalistes (qui font ce qu’ils peuvent avec les moyens du bords, pour une immense majorité j’imagine) qu’un système. Un système que chaque citoyen nourrit en préférant la vitesse, à la justesse, la véracité et l’acuité des données qu’on lui donne à voir/lire.

Il y a donc une réflexion sur l’information, son omnipotence et les dégâts provoqués par la recherche du toujours plus vite.

Le cas Richard Jewell est aussi un bel hommage aux héros du quotidien. Et en ça, je pense que le film réussit totalement son pari. L’idée ici n’est pas seulement de dire que le héros ordinaire, c’est eux, c’est toi, c’est moi mais bien de montrer que cette personne peut être un humain avec qui on ne partage que peu de choses et que ça n’en fait pas pour autant un ennemi, une pourriture ou quelqu’un de peu recommandable. En résumé, on reçoit une leçon de tolérance de Clint Eastwood qui nous propose un personnage pro-armes, obsédé par l’autorité et pas franchement beau ou intelligent. Il le rend bien plus humain et touchant que pathétique ou révulsant. Et c’est une leçon assez salutaire car les apôtres de la tolérance sont parfois les premiers à tomber dans le piège qu’ils combattent (moi le premier). Richard Jewell, c’est typiquement cet américain lambda qui est perdu dans un monde devenu trop compliqué, trop précaire, trop dur et qui a voté Trump en 2017. Cela n’en fait pas une personne méprisable, que l’on doit faire taire. Si combat il y doit y avoir, c’est celui des idées. On ne combat pas le mal par le mal. Comme beaucoup, je connais un peu les idées du réalisateur et je ne suis donc pas vraiment étonné qu’Eastwood ait autant d’empathie pour Richard Jewell. Cela rend vraiment le film stimulant.

Il faut dire que l’acteur Paul Walter Hauser, excellent (je connaissais pas du tout avant) aide beaucoup à créer cette empathie. Son personnage est touchant même dans ses imperfections. Une bonne partie du casting fait très bien le boulot (Kathy Bates, très bien comme souvent et Sam Rockwell dont je suis devenu un grand fan à force d’être emballé par chacune de ses performances).

Il aurait été possible d’aborder dans cette critique la charge contre le FBI (je n’ai pas grand-chose à en dire, d’autres en parleront mieux que moi), de John Hamm que je ne trouve décidément pas bon du tout dès qu’il sort de son cocon Mad Men ou encore d’Olivia Wilde (actrice que je n’aime pas trop et dont le personnage est problématique car trop éloigné pour de mauvaises raisons de la réalité de cette histoire vraie).

Je préfère finir sur cette remarque : je ne suis pas bien sûr de voir tant que ça l’ambiguïté et la complexité qui traversent l’humanisme discret d’Eastwood. Typiquement, je ne vois pas la lecture au second degré et l’ambivalence de son American Sniper, oeuvre qui me dérange pas mal (si quelqu’un peut m’expliquer, je suis preneur). Il me touche bien par moments et je le sais mû par des émotions et pensées contradictoires (comme tout être humain, cela dit) mais je le pense un peu moins complexe que ce que ses fans le disent. Cette remarque assez générale sur son cinéma étant faite, je signale que j’aime bien deux de ses films récents, à savoir Sully et le cas Richard Jewell, aussi je continuerai à essayer de voir son cinéma, tant qu’il sera en état d’en faire. Et même s’il ne sera jamais un de mes réalisateurs préférés, je dois dire qu’il suscite souvent mon intérêt. Et ce n’est pas rien par les temps qui courent.

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