L’Affaire Pasolini, un cinéaste seul contre tous

44 ans après son mystérieux décès, la mémoire de Pier Paolo Pasolini continue de hanter le cinéma et plus généralement nos sociétés contemporaines. Figure artistique et intellectuelle majeure du siècle dernier, la vie et la mort du cinéaste italien suscita de nombreuses évocations artistiques. Tantôt sous la forme du documentaire, tantôt sous celle du biopic mais ici David Grieco nous en propose une variation policière et semi-fictionnelle. Car tout comme Godard d’une certaine manière, et au-delà de l’intellectuel engagé, PPP est aussi un véritable personnage de fiction.


L’affaire Pasolini (La Macchinazione) nous narre les derniers jours du réalisateur de Théorème. Celui-ci, incarné par Massimo Ranieri – acteur-chanteur et surtout le rôle principal du trop méconnu Chronique d’un Homicide qui portait déjà sur les années de plomb italiennes – est alors occupé sur le montage de son sulfureux Salò et surtout sur Pétrole, un vaste roman expérimental évoquant un immense scandale politico-financier impliquant un groupe pétrolier, le parti Chrétien Démocrate et divers tiers, qui selon toute vraisemblance causera sa mort. L’ambition est donc de rendre compte d’un Pasolini obsédé par cette enquête, l’histoire épouse alors les traits de celui d’un film d’enquête ou d’un polar tortueux.

Bien que la trame soit parfois aussi nébuleuse que la machination qu’elle tente de révéler, David Grieco s’autorise quelques pas de côtés au milieu de son intrigue pour nous brosser avec beaucoup de sincérité le portrait sensible d’un homme simple malgré sa place dans la société italienne. En effet le film est teintée d’une vraie douceur mélancolique dans sa mise en scène du quotidien du cinéaste, tant à travers ses engagements que ses passions mais aussi dans son intimité. De manière maladroite mais sans être dogmatique, le scénario laisse filtrer quelques bribes du discours politique du Romain lors de quelques scènes. Notamment lors d’une improbable entrevue avec un journaliste français incarné par François-Xavier Demaison ou sont évoqués pêle-mêle les critiques acerbes de Pasolini contre la société de consommation et l’école obligatoire. Une évocation politique illustrée aussi dans sa mise en scène mais d’une manière plus hasardeuse. De plus le film nous réserve également quelques belles scènes de la vie sociale du polémiste, que sa soit sa passion pour le football, ou bien sa relation sincère avec un jeune prostitué ou encore dans des scènes d’intimité avec sa mère. Quelques belles scènes louant ses talents de karatéka sont aussi très savoureuses.

Si la mise en scène laisse parfois à désirer dans ses effets de style ou dans son utilisation artificielle du noir et blanc, le long-métrage est tout à fait crédible dans sa représentation anxiogène de l’Italie des 70’s marquée par des affrontements féroces entre les forces d’extrême-droite et d’extrême-gauche. En parallèle de la vie et de l’enquête du cinéaste, le film nous narre le parcours de petites frappes des quartiers qui sont recrutées par d’obscurs forces afin de mettre en œuvre le piège complexe qui se referma sur Pasolini sur une plage d’Ostie dans la nuit du 1er novembre 1975. Des hommes perdus, membres des classes populaires mais qui sont, malgré une homophobie patente, pourtant des amis du cinéaste, une célébrité du quartier que tout le monde connaît car celui-ci est toujours resté proche des milieux populaires.

Du reste comme son titre l’indique l’Affaire Pasolini n’est pas tant une évocation de l’œuvre artistique de ce réalisateur emblématique du cinéma italien, qu’une célébration de son courage en tant qu’homme de convictions. Pareil à un privé d’un film noir, Pasolini est seul contre tous dans sa lutte contre de vagues et vastes puissances dont on peine à imaginer les contours. L’Affaire Pasolini dans une démarche volontairement accessible qui a le mérite de représenter, sans trop de fioritures et en mêlant authenticité et fiction, la singularité et l’intransigeance de ce personnage, mort pour avoir voulu révéler la vérité.

L’affaire Pasolini sera présenté en séance exceptionnelle le lundi 4 novembre dans le cadre de la Séance Seconde Chance au cinéma Le Concorde à Nantes.

L’Affaire Pasolini est à découvrir lundi prochain dans le cadre de la Séance Seconde Chance au cinéma Le Concorde à Nantes à partir de 20h45.

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