Jusqu’à la garde, la violence d’un « thriller du quotidien » : rencontre

Un coup de poing. Une grosse claque dans la gueule. « Jusqu’à la garde » nous rend exactement ce qu’il dénonce, par la symbolique du geste. Comme pour nous rappeler qu’il n’est pas qu’une simple création de cinéma. 


Pour la première fois, Xavier Legrand se frotte au long-métrage. Et pour ce jeune réalisateur, Jusqu’à la Garde n’est que le prolongement de son court Avant que de tout perdre. Au-delà de ses titres étrangement construits et interrogateurs, Xavier Legrand questionne directement son spectateur : « Et vous, vous réagiriez comment ? » 

En 2013, Avant que de tout perdre raflait 4 prix au festival du court-métrage de Clermont-Ferrand« l’endroit où tout a commencé » pour Xavier Legrand. 
C’est dans cette même capitale auvergnate qu’il a proposé en 2018 son avant-première auprès de spectateurs déjà acquis à la cause. Après un court-métrage qui veut fuir son mari violent, voilà maintenant que Legrand se penche sur tous les points de vue : celui de cette mère courage mais taiseuse, celui de ce père complexe qui s’enfonce dans l’isolement ou celui des enfants perdus dans ce sordide jeu de massacre, un jeu d’adultes détestable.

Comme le rappelle la séquence d’introduction, qui, en deux plaidoiries installe formidablement l’atmosphère pesante et incertaine du film, Jusqu’à la Garde se pose comme un thriller sociétal.

« C’est un thriller qui ne respecte pas à la lettre les codes du genre, il pourrait presque se définir comme un thriller du quotidien parce que ce que vivent ces femmes tous les jours est un véritable thriller »

Xavier Legrand

 Le réalisateur sait de quoi il parle, cela fait une dizaine d’années qu’il bosse son sujet. Une décennie passée à se documenter, à enquêter comme un équilibriste sur un thème qui est sans cesse sur le fil. 

Cela donne peut-être une explication à cet aspect documentaire, brut, en prise avec le réel, que le long-métrage s’échine à montrer. A la fois film docu, thriller, psychologique et dramatique, c’est ce pêle-mêle précis qui a convaincu Léa Drucker et Denis Ménochet à reprendre les rôles qu’ils tenaient dans Avant que de tout perdre. 
« Quand Xavier nous a envoyés le scénario, nous nous sommes jetés dessus » raconte Léa Drucker. « A la lecture, toutes les scènes racontaient quelque chose. il fait un curieux mélange et au vu du sujet, il a du culot ! »


A croire que ce côté gonflé a plu également à Denis Ménochet.
« La réception du scénario m’a convaincu d’une chose : j’ai assisté à la naissance d’un grand metteur en scène. Je trouve ça vraiment beau de vivre cela, car ce sont de vrais choix de cinéma à défendre. D’un point de vue personnel, c’est un véritable cadeau pour un acteur, je pense même que c’est le rôle que j’attendais ». 

En espérant qu’il délie des langues, Jusqu’à la Garde aura au moins la puissance d’ouvrir les yeux sur la dangerosité du divorce sur les enfants, le repli sur soi-même par la violence ou même encore le rôle crucial de la justice. Mais surtout, il amène à revoir la définition même des violences conjugales. Comme nous détaille Xavier Legrand, « toutes les thématiques du film sont intimement liées aux violences conjugales. Il n’y a qu’en France que nous employons cette expression. Chez nos voisins anglo-saxons, on parle plutôt de « domestic violences », des violences qui touchent l’ensemble du foyer. Chez nous, on parle de violences conjugales, qui sous-entendent qu’elles ne concernent que les conjoints et que les enfants ne sont pas en danger. A partir de là, la justice peut estimer qu’un conjoint violent peut faire un bon parent, un parent normal. Moi, je pense que c’est un mythe. »

Animé par un engagement fort, Legrand réussit d’un coup de maître son passage au long-métrage, et tout indique qu’il s’agit là d’un aptonyme. Avant que de tout perdre avait touché les étoiles en partant jusqu’aux Oscars, Jusqu’à la garde mérite d’être placé au firmament du cinéma social français.


Article en collaboration avec Radio Coquelicot.

Retrouvez l’interview complète ici

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