John Carpenter : notre maître à tous

Maître du cinéma de genre, papa de l’horreur, inspiration majeur pour de nombreux réalisateur : John Carpenter détient une place capitale dans le monde du cinéma. Focus sur un homme incroyable à la filmographie culte.


Les origines du cinéaste 

Né à Carthage, le 16 janvier 1948, John Carpenter grandit dans un environnement où il est stimulé sur le plan artistique. Son père, professeur de musique, l’initiera très vite au piano et au violon. Quant à sa mère, on sait qu’elle commença à l’amener au cinéma dès son plus âge, afin de le confronter aux grandes œuvres cinématographiques de son époque. Il se passionnera donc rapidement pour le cinéma et la musique, privilégiant dès sa jeunesse le genre du western et de la science-fiction. C’est ainsi qu’il réalisera, grâce à son passage à l’Université de Californie du Sud, son premier long-métrage : Dark Star. Initialement prévu pour être un court-métrage, ce film de science-fiction qui a a bien vieilli, est le premier véritable pas du futur maître de l’horreur dans le monde du cinéma. Il réalise ce premier projet avec l’aide de son ami de l’époque, Dan O’Bannon et sa rencontre avec Jack Harris sera déterminante. C’est lui qui donnera plus de moyens pour transformer ce projet d’étude en vrai film. Bien qu’il soit surtout un film de série b, il deviendra quand même culte. Logique, quand on sait que le scénario de « Dark Star » servira d’inspiration à Dan O’Bannon pour écrire celui d’Alien, de Ridley Scott. Le monde est petit.

Un cinéaste cinéphile :

Son premier grand succès, Carpenter le doit avant tout à deux producteurs indépendants Moustapha Akkad et Irwin Yablans, qui l’approcheront dans le but de lui parler d’une idée de scénario. Ils ont l’idée d’un film qui narrerait l’histoire d’un tueur de baby-sitters. Cette proposition va marquer un tournant dans sa carrière, puisqu’elle donnera le jour à Halloween, la nuit des masques. Film qui ne coûtera que 325 000 dollars et qui connaîtra un immense succès commercial et critique dès sa sortie. 

John Carpenter est avant tout un cinéphile, un fan, qui ne cesse de faire honneur à tous ceux qui l’ont inspiré. Halloween est une occasion en or pour lui de faire référence à “Psychose” de Hitchcock. Un tueur en série, la présence de Jamie Lee Curtis, la fille de l’actrice de Psychose. Si Carpenter s’en inspire avec fierté sans inventer de nouvelles manières de filmer, il marque quand même son époque et ouvre la porte à toute une lignée de slasher et de boogeyman, donnant à Michael Myers l’opportunité d’être le guide ultime du genre.

Dans Halloween, les petits détails sont également des preuves d’amour pour les réalisateurs qui l’ont inspiré . Quand Laurie Strode garde les enfants, on aperçoit à la télévision un extrait de “The Thing, la chose d’un autre monde” de Howard Hawks et Christian Nyby. Film dont il réalisera un remake quelque temps plus tard et qui fait partie de sa filmographie principale. Dans “The Thing”, que Carpenter s’approprie l’histoire avec brio et traite du thème de l’invisible, du danger insondable au travers de “la chose”. Ainsi, ce film se rattache au genre de l’horreur, mais sa portée philosophique peut aller encore plus loin. La photographie du film et la qualité d’acteur de Kurt Russell, un des plus fidèles acteurs du cinéaste, en font un film incontournable dans l’histoire du cinéma. Difficile d’imaginer que contrairement à son aîné, Halloween, The Thing n’a pas su convaincre à sa sortie. Pourtant, il avait Universal derrière lui et le budget qui va avec. Comme quoi, avec peu, on peut récolter beaucoup, mais l’inverse arrive aussi. Mais fort heureusement, sa force et son intensité ont su gagner le cœur du public quelque temps après, un succès qui ne se dément pas avec les années.

Photographie et procédés : la patte du réalisateur

Dans Halloween, le réalisateur faisait le choix de filmer en format Cinémascope, structurant ainsi une ambiance pesante, qui transforme ce quartier chic et tranquille en quartier lugubre et inquiétant où la figure froide de Myers peut surgir à tout moment. Il n’hésite pas à jouer avec les plans longs, lents et avec la notion de vide, tout ceci créant une véritable tension chez le spectateur qui se demande ce qu’il pourra bien se passer, ou surgir de ce vide. Car il est vrai que l’on prend vite peur lorsque l’on est face au silence ou à l’absence de vie et de mouvement. Carpenter le sait et aime jouer avec ce procédé cinématographique, ce qui n’est pas pour nous déplaire…

The Thing

John Carpenter est un minimaliste dans l’âme qui sait faire passer une multitude d’émotions et affiner son image et sa musique pour le plus éclatant des résultats. C’est souvent dans la simplicité que l’on reconnaît le talent, et Carpenter l’a prouvé à plusieurs reprises. Sa filmographie n’est pas uniquement composée de chef d’œuvres, mais en plus de 40 ans de carrière, c’est tout naturel d’avoir des hauts et bas. Cela n’ôte en rien la qualité de composition du cinéaste que ce soit en termes de plans et d’ambiance. Il sait suggérer et faire perdurer ce sentiment de peur et d’inquiétude sur toute la durée de ces films. De Halloween à L’Antre de la folie, en passant par The Thing, s’il y a une chose que l’on doit retenir de ses films, c’est l’atmosphère. L’horreur n’est pas représentée de manière brutale ou directe, elle est plus subtile, plus insidieuse. Sans artifices, son cinéma d’horreur est un cinéma haute couture. Un travail plus raffiné qu’il n’y parait, pour des thèmes somme toute très simples.

La caméra subjective est également un procédé qu’il aura su utiliser avec justesse. La scène d’ouverture d’Halloween, qui nous plonge dans le corps et l’esprit du jeune Michael Myers, n’est pas anodine. C’est un dispositif qui annonce au spectateur ce qui va suivre : le mal, inévitablement le mal. On ne peut y échapper, et on va même y participer, ne serait-ce qu’en étant spectateur.

Etre son propre chef d’orchestre

Notre maître de l’horreur a également un passé musical riche. Dès son plus âge, il s’entraîne au piano et au violon, et enchaînera par la suite les groupes de musiques rock et folk. C’est un véritable atout, notamment quand on est réalisateur de film de science-fiction ou d’horreur. Cela permet de produire une musique en concordance totale avec l’univers visuel qu’on imagine. Le thème d’Halloween en est l’exemple parfait. Ces quelques notes suffisent à marquer l’esprit au fer rouge et insuffler dans nos âmes une frayeur que l’on n’avait jamais encore connue avant son écoute. Carpenter est un prodige des climax musicaux, le son provoque chez le spectateur un stimulus immédiat, plus important encore que l’image elle-même. Le savoir-faire dans ce domaine permet d’apporter encore plus de profondeur et de maîtrise. Le synthétiseur est son instrument fétiche, et c’est également l’instrument central dans les compositions de BO de science-fiction. Pas étonnant donc, que le réalisateur se soit tourné vers cette machine aux multiples possibilités et dont le son, le grain sont uniques.

Néanmoins, même si son thème musical le plus célèbre est celui d’Halloween (ces douces notes glaçantes et répétitives qui bercent presque la totalité du film), Carpenter sait aussi s’adapter à l’univers de ses films. Dans L’antre de la folie, on retrouve une BO plus rock/ambient avec des guitares électriques et du piano. Il y a quelque chose de plus effréné, plus paranoïaque avec des sons qui vont de pair avec la descente aux enfers mentale du personnage.


John Carpenter est depuis sa plus tendre enfance un passionné qui a su faire du cinéma un lieu de tous les possibles. Ces œuvres ont presque toutes joué un rôle capital dans l’histoire du cinéma. Et si vous êtes nantais, vous aurez d’ailleurs la chance de pouvoir retrouver un grand nombre de ses films au cinématographe jusqu’au 4 mars 2019. Alors, vous n’avez plus d’excuse !

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