Game of Thrones : 5 raisons qui expliquent notre déception

C’est maintenant fait ! Game of Thrones s’en est allée, et avec elle, un partie de nous-même. Durant huit années, et huit saisons, nous avons suivi les périples de la tristement célèbre famille Stark, à travers un univers héroic-fantasy médiéval magnifiquement mis en image. Pourtant, cette dernière saison nous laisse un goût amer inexplicable. Voici quelques éléments qui peuvent aider les plus dubitatifs à y voir plus clair !


1. Une morale pessimiste

Ce qui déçoit en premier lieu, c’est le désespoir omniprésent qui caractérise cette dernière saison. Pendant huit ans, on a vu évoluer des personnages possédant tous des caractéristiques et des tourments différents. Certains, dans leur quête du pouvoir, ont sombré dans la folie, d’autres ont, à force d’épreuves et de souffrances, élevé leur corps ou leur esprit. La famille Stark en est l’incarnation parfaite, et l’on était en droit d’attendre un final un peu plus épique la concernant. Au lieu de ça, leurs destinées respectives, prophétisées à plusieurs reprises lors de la série, finissent pourtant de manière terre à terre et on se retrouve bien incapable de nommer un personnage qui aurait accompli véritablement la sienne. Même Jon Snow, archétype parfait du héros, proche de l’incarnation de la pureté humaine, chute en fin de compte de son piédestal. La morale est-elle que chaque homme finit tôt ou tard par être décevant ?

2. La magie d’Internet

Victime de son succès, Game of Thrones est une saga qui a ses fans : des personnes à l’imagination débordante qui théorisent via internet sur tout ce qui pourrait ou devrait arriver dans la suite de l’histoire. Il est alors très difficile pour les showrunners de répondre aux attentes de tant de monde, et il l’est bien plus de les surprendre. Toutefois, on peut reconnaître que les choix des réalisateurs quant à leurs personnages sont relativement cohérents, ils sont cependant desservis par une saison trop courte, et une mise en scène parfois peu convaincante, bien que tout de même spectaculaire.

3. L’incohérence diégétique

La diégèse, c’est l’univers représenté dans l’image et suggéré hors champ, qui compose le film et lui apporte cohérence et vraisemblance. Un film (ou une série) n’est pas tenu d’être réel ou réaliste, mais il est dans l’obligation de ne pas trahir les lois qu’il a énoncées. Or, lorsque Tyrion emmène la population se réfugier dans une crypte (où reposent des morts susceptibles d’être réanimés) lors de la bataille de Winterfell, cela contredit tout ce qui avait été élaboré autour de son intelligence et de ses qualités de stratège. Même chose lorsque Daenerys vaporise la totalité de la population de Port-Réal avant même de s’attaquer à l’unique personnage qui lui fait obstacle (Cersei), cela va à l’encontre de toutes les valeurs de liberté, de justice, et de compassion qu’elle a développées au fil des épisodes. Tout choix scénaristique est pourtant envisageable, s’il est écrit et mis en scène de manière appropriée, sinon quoi le spectateur cesse d’y croire.

4. L’auteur dépassé par sa création

Comme c’est souvent le cas lorsqu’un livre est adapté à l’écran, les réalisateurs prennent des libertés afin de condenser le récit et de le rendre plus cinématographique. On savait déjà que l’histoire des personnages déviait depuis quelque temps des livres écrits par George R. R. Martin, mais on retrouvait bel est bien la mythologie, la symbologie, et toute la construction politique et religieuse qui constituent le ciment de Game of Thrones. Cependant, beaucoup ont été surpris de voir toute cette densité scénaristique mise à la trappe dans cette dernière saison, laissant de nombreuses questions en suspens : Quels sont les liens du Roi de la nuit avec Jon Snow et Bran ? Qui est l’élu d’Azor Ahaï ? Qu’a vu Bran dans sa vision lors de la bataille de Winterfell ? Quelle personne aux yeux verts Arya doit-elle tuer ? Comment est-elle parvenu à franchir une armée de marcheurs blancs sans utiliser son art de sans-visage ? Pourquoi Jon Snow a-t-il été ressuscité une (voire deux) fois ? Pourquoi l’oeil de loup du pommeau de son épée s’est-il ouvert ? Pourquoi Bran à soudainement le pouvoir de voir le futur, pourquoi a-t-il laissé tous ces innocents mourir, et pour quelles raisons convoite-t-il le trône ? Les fins ouvertes ont certes leur intérêt, mais elles semblent ici bien trop lourde et non calculée pour être acceptable.

5. La disparition des mythes

Enfin, le point qui offre une saveur particulièrement pessimiste et amère à ce final, c’est l’éloignement des mythes qui font pourtant la force des grandes sagas. Que ce soit dans Star Wars, le Seigneur des Anneaux, ou encore Matrix, le cinéma populaire puise souvent dans les œuvres mythologiques qui sont construites de manière archétypale. En exagérant les traits de caractères des personnages et leurs péripéties, elles donnent ainsi à lire au spectateur une morale claire et logique : le bien triomphe, le mal est vaincu, l’intelligence prévaut sur la force, l’univers trouve toujours un équilibre, etc. Comme tout écrit religieux, les mythes sont des guides moraux pour les hommes. On était en droit d’attendre pour ces personnages, les bons comme les mauvais, une conclusion cohérente avec le chemin qu’ils ont parcouru, et c’était plus ou moins le cas pour la plupart d’entre eux. Mais en nous privant d’une conclusion un peu plus archétypale et grandiose (sans aller jusqu’au happy end convenu), les showrunners prennent le parti d’un final en demi-teinte, où chaque personnage est simultanément un héros, et une ordure de la pire espèce selon le point de vue que l’on adopte. Pas évident de savoir à qui s’identifier après ça… Était-il nécessaire de forcer le réalisme tragique du destin des personnages, quand notre réalité à nous est déjà bien assez anxiogène?


Bien entendu, tout ce propos est à nuancer quant à cette saison qui s’est révélée tout de même très audacieuse en termes de plans et de mise en scène. Bon nombre de références aux premiers épisodes de la série ont été habilement faites, et il ne fait aucun doute que la déception n’est que proportionnelle à l’attachement que l’on a pu développer pour cette série. Cette dernière aura frôlé la perfection, et nous aura apporté beaucoup de satisfaction, le plaisir de discuter d’un twist vraiment hardcore en cours avec nos amis (big up saison 3 épisode 9 !!), et un spectacle fantasy et médiéval épique à la hauteur des grandes productions du cinéma. Merci, et adieu GOT.

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