François Truffaut pour les nuls

A l’occasion des séances Ciné-sup, le Cinématographe vous propose de voir ou de revoir Baisers volés pour deux séances, la première mardi 30 à 20h30 et la seconde le 4 février à 18h45. L’occasion pour nous de revenir sur la carrière d’un des précurseurs du cinéma de « la Nouvelle vague », François Truffaut.


Une enfance à l’image des Quatre cents coups

Si le caractère autobiographique des Quatre cents coups n’est plus à prouver, c’est parce que l’enfance de Truffaut est à l’image de celle de son héros, le jeune Antoine Doinel (interprété par Jean-Pierre Léaud). Truffaut le dit lui même, « les aventures que traverse Antoine Doinel dans Les 400 coups, ce sont les miennes, jamais exagérées et souvent adoucies pour des raisons de plausibilité et de vraisemblance« .

Que ce soit le milieu familial, ou encore les petits larcins, on retrouve dans ce film toute l’enfance de Truffaut. Né d’un père inconnu, il sera adopté civilement par le nouvel époux de sa mère, le dessinateur Roland Truffaut. Malheureusement, il sera bien souvent écarté du couple et le jeune François se retrouvera fréquemment chez sa grand-mère. Quand il n’est pas chez elle, il arpente les salles obscures avec son ami d’alors Robert Lachenay. 

Les 400 coups

C’est à l’âge de 14 ans qu’il va quitter l’école et entrer dans le monde du travail sans pour autant renier les cinémas bien au contraire. Alors que les deux amis fréquentent les cinés-clubs, ils vont faire la rencontre du critique André Bazin. C’est d’ailleurs lui qui l’encouragera à créer avec son ami Lachenay un cinéclub. Malheureusement pour eux, la seconde séance est un échec et le jeune Truffaut se retrouvera en maison de redressement pour mineurs suite à des problèmes de trésorerie. 

Ce ne sera d’ailleurs pas son dernier démêlé avec la justice puisqu’il fera également de la prison militaire pour désertion. En effet, Truffaut va s’engager dans l’armée pour « se faire tuer en Indochine » à la suite d’une déception amoureuse. On retrouve également ces épisodes dans le cycle Doinel avec Antoine et Colette dans lequel il exorcise cette déception amoureuse, et dans Baisers volés puisque le film commence par son départ de l’armée. 

La période critique : Les cahiers du cinéma 

Très rapidement, Bazin va laisser sa chance au jeune Truffaut en lui offrant la possibilité d’écrire pour différents magazines comme Travail et Culture avant de faire partie intégrante des Cahiers du cinémamagazine crée en 1951 par Bazin, Jacques Doniol-Valcroze, Joseph-Marie Lo Duca et Léonie Keigel suite à l’arrêt de Le Revue du cinéma, pour laquelle Bazin et Doniol-Velcroze écrivaient. 

Très rapidement, les bureaux des Cahiers vont devenir le repère d’une toute nouvelle génération de critiques mais aussi de cinéastes comme Godard, Rohmer, Chabrol, Eustache et Truffaut lui-même.

Pour ce qui est de Truffaut, il faudra attendre le numéro 21 pour trouver des textes qu’il signe. Petit à petit, cette nouvelle génération va tenter de s’émanciper des fondateurs des Cahiers en s’éloignant de leur ligne éditoriale. Truffaut, dans le numéro 31 des Cahiers sorti en 1954 va affirmer un peu plus cette émancipation. Dans son article intitulé « Une certaine tendance du cinéma français » il va fortement critiquer le conformisme du cinéma français et défendre un cinéma d’auteur au profit d’un cinéma de grande consommation que réalise Autant-Lara ou encore René Clément.

Cet article sera un véritable choc pour la rédaction des Cahiers puisqu’une partie des rédacteurs chefs admirent ces cinéastes. Petit à petit, l’article devient un réquisitoire contre un cinéma français qui ne coïncide plus avec les envies de la nouvelle génération. Cette nouvelle génération de critiques avec Truffaut à sa tête cherche à s’écarter de « la qualité française » et va insister sur l’idée que le cinéma est un art, un langage et non un vulgaire spectacle. Un autre aspect fondamental dans la critique de Truffaut est la question de l’adaptation. Pour lui, elle se doit d’être fidèle au texte originel et ne doit en aucun cas le dénaturer. Or, il reproche à bon nombre de réalisateur de dénaturer des romans. Cet article est en quelque sorte un des premiers manifestes du courant cinématographique de la « Nouvelle vague » 

Truffaut et le cinéma : La nouvelle vague

Si aujourd’hui le terme de Nouvelle vague est instinctivement associé à un courant cinématographique français, son point de départ est tout autre. L’expression « Nouvelle vague » vient d’une série d’articles sociologiques du journal l’Express réalisé par Françoise Giroud  en 1957. Toute son enquête se base sur la jeunesse et par extension sur les évolutions sociales qu’elle entraîne. A cette époque, la France connaît bon nombre de mutations politiques et sociales et le cinéma contemporain n’est donc plus en adéquation avec ces évolutions. Dès 1954, Truffaut clamait une nouvelle vision du cinéma et son pamphlet va très vite devenir un des textes fondateurs de l’esthétique de la Nouvelle vague. Pour Truffaut, Godard, Chabrol mais aussi Varda, le cinéma est un art plus qu’un divertissement. L’autre aspect primordial de leur théorisation du cinéma est que le cinéaste est le seul auteur de son film, il se rapproche ici de Jean Cocteau qui voulait s’occuper d’absolument tout dans La Belle et la Bête pour être le seul et unique auteur de son film.

Pour ce qui est de leurs techniques, là aussi ils font le choix de chambouler ce que les autres réalisateurs avaient l’habitude de faire puisqu’ils ne vont tourner qu’en extérieur. Les cinéastes de la Nouvelle vague signent la fin des décors artificiels au profit des décors naturels. Pour se faire, ils vont se mettre à utiliser des caméras portatives et des magnétophones pour pouvoir filmer la rue et ses préoccupations.

Une femme est une femme, Jean-Claude Brialy, Anna Karina, Jean-Paul Belmondo

Si la Nouvelle vague va, comme nous l’avons vu, opérer de nombreux changement concernant la réalisation, les acteurs eux-aussi vont être la cible des changements imposés part cette nouvelle génération. Ces jeunes et nouveaux réalisateurs vont faire appel à de nouveaux acteurs, plus jeunes, et jusqu’alors inconnus. Belmondo, Léaud, Brialy, Bardot, Karina pour ne citer qu’eux, vont très rapidement s’imposer comme étant les acteurs fétiches de la nouvelle vague. Leur jeunesse et leur émancipation vont devenir des modèles à suivre. Lorsqu’un réalisateur choisit tel ou tel acteur, il convoque avec lui ses anciens rôles et l’image qu’il véhicule au public. En prenant de nouveaux acteurs, aucune connotation n’est possible, les réalisateurs font table rase du passé et pousse le renouveau jusqu’au bout. 

Jean Pierre Léaud, l’alter-ego de Truffaut

Si vous ne connaissez que peu ou prou l’oeuvre cinématographique de François Truffaut, il est important de rappeler le caractère autobiographique de son cycle Antoine Doinel. Ce cycle se compose de cinq filmsLes Quatre cents coups (1959), Antoine et Colette (1962), Baisers volés (1968), Domicile conjugal (1970) et enfin l’Amour en fuite (1979). Avec ces films, nous suivons la vie du jeune Antoine Doinel, de son enfance à l’age adulte en suivant ses déboires amoureux. Le premier volet, les Quatre cents coups, Truffaut l’a voulu davantage comme une chronique d’un difficile moment à passer. A aucun moment le film ne se teinte de nostalgie bien au contraire. Si Truffaut n’avait pas prévu de faire une suite aux aventures de son héros, il va pourtant le retrouver pour le court-métrage Antoine et Colette dans lequel on retrouve un Antoine adolescent qui va vivre sa première déception amoureuse. Concernant les suites, c’est l’envie et le plaisir de tourner avec Léaud qui ont poussé Truffaut à réaliser d’autres films dans lesquels il s’amuse avec son personnage en lui faisant vivre des choses que lui-même n’avait pas forcément vécu, pour masquer le caractère autobiographique.

Jean-Pierre Léaud des Quatre Cents Coups (1959) à l’Amour en fuite (1979)

Avec cette saga, tout est une affaire d’ellipse et de temps forts, Truffaut abandonne toute envie de linéarité bien que chaque film se suivent. Truffaut manie l’ellipse et les non-dits, il ne focalise son action que sur les détails et les moments de la vie de son personnage qui lui semble les plus pertinents. Truffaut ne cherche pas à montrer la vie d’Antoine dans son ensemble. Ce qui frappe lorsque l’on regarde ce cycle c’est que la fin de ses films n’est jamais fermée, ni même conclusive. Truffaut laisse son spectateur libre d’imaginer la suite des aventures d’Antoine Doinel et se laisse aussi beaucoup de liberté quant aux suites possibles. Le seul film avec une fin conclusive est logiquement le dernier volet, L’amour en fuite. Malheureusement, Truffaut aura des difficultés à le tourner et sera plutôt déçu du résultat final.

Si au départ il est clair qu’Antoine Doinel s’inspire de Truffaut, petit à petit le personnage va s’émanciper du réalisateur pour se rapprocher de l’acteur Jean-Pierre Léaud. En conclusion, on pourrait dire qu’Antoine Doinel n’est autre que la synthèse de Truffaut et de Léaud. Cet éloignement s’opère des Les Quatre cents coups et va s’accroître dans la suite de la saga. Truffaut va parfois devoir modifier ses personnages secondaires et même ses intrigues tant le personne joué par Jean-Pierre Léaud attire la sympathie du public grâce à son charme, son intelligence, sa ruse mais aussi et surtout ses maladresses. Antoine Doinel est d’ailleurs comme le dit Truffaut « pas l’homme en général, c’est un homme en particulier« .

Si vous voulez aller plus loin, la rédaction vous recommande d’aller faire un tour sur le site de la cinematheque.fr duquel cet article tire de nombreuses sources.

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