Festival Univerciné Russe 2019 : Retour sur la programmation

Le festival russe a comme chaque année rassemblé beaucoup de visiteurs et d’invités intéressants. La programmation fut remplie de pépites et nous a montré un cinéma russe contemporain extrêmement riche. Des films en compétition très variés, entre comédie, drame et faits historiques, difficiles à départager.

LES FILMS EN COMPETITION

Le Cygne de Cristal de Darya Zhuk

A remporté le Prix du jury Univerciné 2020

Le Cygne de Cristal, premier film de la réalisatrice biélorusse Darya Zhuk se passe dans les années 90 à Minsk.

Vélia est DJ à Minsk et rêve de partir à Chicago, le berceau de la musique House qu’elle aime tant. Elle rêve de liberté et d’échapper à une Biélorussie qui l’ennuie. Pour cela, elle a besoin d’un visa, mais aussi d’un meilleur motif de voyage et d’un meilleur travail. Vélia va donc faire croire qu’elle travaille pour une usine de cristal biélorusse réputée pour exporter ses produits en France. Seulement, elle va mettre un numéro sans le vouloir dans la case « numéro de l’employeur ». Les services peuvent les appeler à tout moment pour confirmer que Vélia travaille bien chez eux. Elle n’a pas le choix, elle doit trouver à qui appartient ce numéro et les prier de l’aider à avoir son visa. Elle va alors se retrouver à Cristal, dans la Biélorussie profonde et faire de son mieux pour réaliser son rêve.

Le contraste entre le rêve américain de Vélia et l’endroit où elle se retrouve dans le film est très intéressant. C’est un film qui parle de liberté au sens large en s’ancrant dans une époque particulière mais tout en restant un tant soit peu d’actualité (comme on le voit à la fin du film avec une manifestation à Minsk pour la liberté). C’est un film superbe avec une esthétique de l’image qui assume le côté vintage du film et une BO dynamique.

Le Taureau, Boris Akopov

A remporté le prix du Public 2020

Le Taureau est le premier film de Boris Akopov, il relate des faits réels qui sont survenus dans les années 90 dans les banlieues en Russie. Les personnes qui ont réalisé ce film n’ont pas ou peu connu les années 90, c’est une équipe jeune, et l’on voit leur envie de relater des faits qui ont marqué une génération et qui continuent encore aujourd’hui à une échelle différente en Russie.

Anton, surnommé le taureau est un membre de gang dans la banlieue de Moscou, il doit, suite à l’aide d’un malfrat, lui rendre un service. C’est un film très vrai et puissant sur une époque électrique de la Russie. Il est intelligemment filmé, avec une superbe mise en scène, les personnages ont une réelle profondeur et sont attachants. On y voit une population obligée de se battre, les ravages de la drogue, l’envie de vivre autrement que dans la violence. La volonté des femmes de se marier avec des étrangers pour fuir le pays. Beaucoup d’ingrédients scénaristiques intéressants qui alimentent un film extrêmement bien réalisé.

Divorçons de Anna Parmas

Divorçons est un film d’Anna Parmas, avec la célèbre actrice russe Anna Mikhalkova, fille de l’acteur et réalisateur Nikita Mikhalkov.

C’est un film très différent de ce que l’on peut trouver dans le cinéma russe habituel. Macha et Micha forment un couple atypique, elle est gynécologue, lui reste à la maison s’occuper des enfants. Il se sent laissé de côté par sa femme qui passe son temps à parler menstruation avec ses patientes au téléphone et qui ne s’implique pas dans les activités familiales. Macha va alors découvrir que Micha la trompe avec sa prof de fitness, beaucoup plus jeune que lui. Là vont s’enchainer toutes les étapes : l’incompréhension, l’énervement, la reconstruction, avec toujours beaucoup d’humour, des personnages rocambolesques et aussi un peu de magie !

On a plus l’habitude de voir le schéma inverse au cinéma, surtout dans un pays comme la Russie. C’est là qu’on voit que le cinéma russe contemporain est de plus en plus ouvert. Ce film est très drôle, le scénario est original et on passe un très bon moment de cinéma.

FILMS HORS COMPETITION : mes coups de cœur du festival

Leaving Afghanistan de Pavel Lounguine

Leaving Afghanistan par le réalisateur reconnu Pavel Longuine est un film qui traite de la fin de la guerre d’Afghanistan en 1988. Gorbatchev décide de retirer ses troupes et le film suit une division qui doit passer le col de Salang pour s’en sortir.

C’est un film très beau qui parle d’un sujet encore peu abordé par les Russes au cinéma. Certains responsables politiques russes n’ont pas apprécié le film et ont même cherché à le faire interdire car contrairement aux films russes de guerres habituels, il est très vrai et très proche des personnages. On suit différents hommes dans cette guerre, avec leurs faiblesses, leurs peurs, on voit des traitres, des alliances, la vérité de la guerre. On est loin du héros soviétique sans failles, et c’est ça qui montre là encore, un cinéma nouveau en Russie. Le véritable titre du film est d’ailleurs « Fraternité » en russe qui rejoint l’aspect humain de ce film et non l’anglicisme « Leaving Afghanistan ».

Hormis cela, les plans sont magnifiques, il y a des touches d’humour, on se sent proche des personnages, c’est un film historique très intéressant, et ça nous donne un autre point de vue sur la guerre. Il y a aussi une tripoté d’acteurs sublimes dans ce film comme Kirill Pirogov, Anton Momot ou Alexandr Kouznetsov qui n’a malheureusement pas pu assister au festival.

Why Don’t you just die de Kirill Sokolov

Why Don’t you just die dont on préfèrera le titre plus cru à la russe « Crève papa » est le premier film du jeune Kirill Sokolov.

Il est spécialisé à la base dans l’art et l’illustration et ça se voit car ce film dégage une esthétique de l’image colorée et très contrastée, ainsi qu’une mise en scène originale avec des mouvements de caméra et des ralentis à couper le souffle.

Matvei, un jeune homme joué par Alexandr Kouznetsov, est bien décidé à venir chez son beau-père, armé d’un marteau, pour le tuer. Cependant, celui-ci est policier, et la bataille sera moins simple qu’il ne pensait. S’engage alors une lutte sanglante en huit-clos, agrémentée d’effets visuels impressionnants, entre ralentis, jeux de regards, éclaboussures… La mise en scène est impressionnante et le décor avec cette dominance de vert et de rouge criards donne un style.

Toujours avec beaucoup d’humour décalé, Why Don’t you just die est le film de genre par excellence totalement rocambolesque et Tarantinesque. Une vraie pépite qui méritait bien sa présence à l’Absurde séance.

Le festival russe fut une aventure riche en émotion, avec des films très variés et vraiment différents de ce que l’on peut voir d’habitude.

Pour voir le suivi du festival en vidéo, rendez-vous prochainement sur le Facebook de Cinérama.

A bientôt pour le prochain Festival Univerciné Italien qui a lieu du 10 au 15 Mars

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