Festival des 3 Continents : clap de fin de cette 40e édition

Ce 27 Novembre se clôturait au Grand T la 40ème édition du Festival des 3 Continents. Vous avez suivi le festival et êtes, comme nous l’étions hier soir, curieux de découvrir les primés ? Si vous êtes chanceux, vous suivez notre compte Instagram et vous n’avez rien raté de cette remise des prix. Sinon, rassurez-vous, voici de quoi satisfaire vos besoins ! Seulement, avant de se jeter de suite dans les festivités, petit retour sur deux films qui ont terminé cette semaine de festival : Terrorizers, sélection Taipei Stories, et Tel Aviv on Fire, film de clôture. 


Terrorizers, d’Edward Yang

Sélection Taipei Stories (version restaurée, 1986)

Le titre anglais l’indique : nous avons affaire à des gens qui terrorisent. Malgré la traduction française assez moyenne du titre (Terroristes), les héros de ce film ne sont pas des gens armés de bombes sur le point d’atteindre à notre vie. Ce sont des hommes et des femmes du quotidien qui, par leurs petites actions, détruisent une vie, mettent des pressions sur les autres au point de mener à la mort. Préparez-vous : le film débute et termine sur un cadavre. Cela donne immédiatement le ton de la réalisation qui vous est présentée. Edward Yang établit ici un portrait assez pessimiste de Taipei en sortie de dictature, balbutiant dans son capitalisme à la fin des années 80. L’intrigue relie plusieurs arcs narratifs, celle d’une femme écrivain en manque d’inspiration, qui ne cherche qu’à changer de vie ; de son époux employé de laboratoire qui veut monter en échelon et conserver sa relation ; celle d’un photographe qui se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment et n’arrive plus à s’en détourner ; ou encore celle d’une gamine qui traîne dans des bandes et qui est prête à être trainée dans des chambres d’hôtels pour arnaquer des hommes. Cette dernière passe des coups de fil au hasard, pour sortir de son ennui. Ces coups de fil seront les éléments qui relieront, finalement, les narrations entre elles, jusqu’à ce que tout s’entremêle et parte en vrille. Le twist de fin se révèle audacieux alors qu’il aurait pu être prévisible, un vrai tour de force.

Terrorizers est un film assez oppressant, à la construction intéressante, où les non-dits du début, puisqu’on passe de trame en trame sans trop nous en dévoiler, finissent par se révéler et captiver.

Tel Aviv on Fire, de Sameh Zoabi

Film de clôture

L’un de nos coups de cœur du festival : ce film, dont la sortie en France est prévue en 2019, est un phénomène comique, sorte de pastiche qui traite du conflit israélo-palestinien. Cet angle choisi peut faire grimacer, nous faire craindre des moments de gêne ou un humour mal placé. Pourtant, rien de cela ici. Tel Aviv on Fire, c’est tout un univers méta. On débute sur des scènes lyriques, au jeu d’acteurs mitigé, qui font références à Tel Aviv on Fire la série arabe diffusé dans le film. Les connaisseurs de ces séries, sorte de telenovelas arabes, ne peuvent que rire devant cette reproduction bien trop réaliste. La série conte l’histoire d’une espionne Palestienne, Manal, renommée Rachel pour la cause, qui est envoyée par son amant, Marwan, à Jérusalem pour espionner un général israélien nommé Yehuda. Afin de réussir dans sa mission elle doit s’en rapprocher et finit par tomber amoureuse de lui. Le film quant à lui conte l’histoire de Salam un homme charismatique, sans trop d’avenir, qui se retrouve sur le plateau de tournage grâce son oncle qui est le réalisateur. Censé aider à corriger les répliques en hébreu, Salam prend de plus en plus de place et finit scénariste grâce aux conseils du général israélien Assi. Il l’aide à écrire les scènes tandis que Salam le remercie en lui ramenant du houmous palestinien. Tout va bien pour les deux hommes, à moins que, non attendez. Pour que tout aille vraiment bien, Assi veut absolument que la série finisse sur un mariage entre Yehuda et Rachel. Entre un arabe et un israélien, vraiment ? Est-ce seulement possible ?

Un jeu d’acteur très bon vient renforcer la dynamique comique de ce récit. L‘humour donne quelque tacles des deux côtés du conflit, contrebalançant finalement ça et là pour ne jamais déprécier un des deux clans. L’objectif, après tout, c’est d’avoir une saison 2 : une saison loin des soucis de 67, plus ouverte sur l’avenir. Pourtant, the struggle continues. Cette phrase de fin, dans un contexte si léger, pèse un peu plus lourd devant sa symbolique.


Le palmarès 2018

Voilà, enfin ! C’est maintenant l’heure du Palmarès. En sélection en compétition internationale, le Festival des 3 Continents avait retenu neuf films : The Dive . Memories of my Body . A Land Imagined . Winter’s Night . Faust . Three Adventures of Brooke . José . Manta Ray. Temporada. 

  • Le Prix du Jury Jeune : Winter’s Night, de JANG Woo-Jin, pour sa sensibilité et pour son jeu avec le cinéma. Le réalisateur en a profité pour remercier le courage de ses acteurs, qui mouraient de froid quand lui les suivait bien au chaud dans sa doudoune !

  • Le Prix WIK FIP du public : The Divede Yona ROZENKIER. Aux réactions chaleureuses et enthousiasmées de la salle à ma sortie de séance, peu de surprise pour ma part quand à ce choix du public. Yona ROZENKIER remercie par vidéo, prévenu à l’avance, et transmet son émotion d’avoir été plébiscité par une ville où son projet avait été soutenu, il y a peu, au sein des ateliers Produire au Sud. 

Le Jury de la 40ème édition du Festival de Nantes était constitué de Shlomi ELKABETZ, Lucie BORLETEAU et Anurag KASHYAP, tous réalisateurs, une première ! Ils attribuent la Montgolfière d’Argent et la  Montgolfière d’Or. Surprise, seulement, face à leur indécision, le Jury décide de remettre une mention spéciale, au film JOSÉ de Cheng-Li, pour sa sensibilité et le courage des acteurs dans un film sur une situation identitaire compliquée. 

  • La Montgolfière d’Argent est attribuée à la réalisatrice YUAN Qing, pour son film Three Adventures of BrookeSi j’ai été surprise face à ce choix, la réalisatrice demeure attendrissante devant son émotion d’avoir reçu ce premier prix de sa carrière, pour son premier film.

  • La Montgolfière d’Or est remise au réalisateur indonésien Garin NUGROHO pour son film Memories of my Body. Contacté dans l’après-midi, il adresse une vidéo souriante à son public.

Si comme nous vous n’avez pas eu l’occasion de voir le film d’Or, n’ayez crainte, une projection de célébration est prévue ! Vous pouvez retrouver ce Dimanche 2 décembre, au Cinématographe, Three Adventures of Brooke à 17h30, puis Memories of my Body à 21h. 

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