Entretien avec Garance Marillier

De passage à Nantes en février dernier, Garance Marillier nous avait accordé du temps pour répondre à quelques unes de nos questions. Entretien avec une jeune actrice qui a du mordant.


Garance Marillier, bonjour, vous êtes jeune actrice, en tournant votre premier film à 13 ans. Comment en êtes-vous arrivée au cinéma ?

Depuis toute petite, j’ai toujours un peu fait mon propre cinéma à la maison.  Ma mère s’est donc intéressé aux annonces de casting et elle est tombée sur une annonce pour Junior, le premier film de Julia (Ducournau la réalisatrice de Grave). C’était une annonce très but, l’équipe cherchait un garçon manqué. Ma mère m’a envoyée faire le casting sans trop me demander mon avis, je pense qu’elle voulait que je fasse mon cinéma ailleurs. Je suis arrivée au casting en faisant la gueule, on m’a demandé de faire une scène d’impro’ où je devais m’embrouiller avec Julia, sauf que je n’étais pas du tout au courant qu’elle était la réalisatrice du film… Je n’avais aucun recul, c’était la première fois que je passais un casting, Julia me provoquait et je le prenais réellement pour moi, je suis partie au quart de tour, j’étais hyper vexée et je me suis vraiment énervée. Mais finalement c’est ça qui lui a plu, j’ai décroché le rôle et j’ai joué dans mon premier film.

Vous avez également tourné avec Julia Ducournau dans le téléfilm Mange, la nourriture c’est un thème précieux…

Oui c’est un thème récurrent. Dans Mange, il était question de boulimie, je ne jouais pas le rôle principal, j’interprétais une collégienne qui avait créée un réseau de prostitution, c’était totalement autre chose.

Grave est un projet qui trottait dans la tête de Julia Ducournau depuis longtemps, elle vous en avait parlé ?

La première fois qu’on en a parlé, c’était à la fête de fin de tournage de Mange, elle discutait avec mon père et elle lui a dit qu’elle travaillait sur son premier long-métrage. Elle m’a fait très bien comprendre qu’il n’y aurait pas de rôle pour moi dans ce film. Sauf que le temps passait, elle m’en parlait de plus en plus et elle a finit par m’avouer qu’elle pensait à moi pour le rôle. Elle pensait quand même faire un casting, ce qui ne c’est pas fait puisqu’elle m’a choisi. Ce qui est drôle, c’est que tout le monde s’en doutait et lorsqu’elle a annoncé qu’elle m’avait choisi personne n’était surpris.

JUNIOR, le premier métrage que vous avez tourné avec Julia Ducournau, (2011) racontait la mutation d’une jeune fille plutôt garçon manqué vers un style plus féminin. A quel point votre travail dans JUNIOR a influencé votre travail pour le rôle de Justine dans GRAVE ?

Junior a d’abord installé une confiance avec Julia, cela nous a permis d’aller plus loin et plus haut ensemble. Je savais qu’elle ne m’emmènerait pas vers des endroits où je n’avais pas envie d’aller. Junior m’a beaucoup servi de leçons et m’a appris le recul nécessaire qu’un acteur doit avoir par rapport à son personnage. Dans Junior je devais jouer une scène de trans. C’est la première fois que je jouais et je n’avais aucun recul, à la fin de la scène j’étais prise de tremblements, c’était terrible. A partir de ce moment je me suis dit qu’il fallait que j’acquière la technique pour redevenir moi-même à la fin des prises. Cette première expérience m’a fait prendre conscience de ce que nécessitait le travail d’acteur.

Comment vous vivez ce phénomène de buzz qui s’est crée autour du film ?

Je regarde ça de loin, forcément ça me fait plaisir. Je suis très fière et très contente pour Julia, elle le mérite. En tournant Grave on souhaitait que le film fasse bouger les choses, qu’il apporte un renouveau dans le paysage cinématographique en France. Mais en même temps on ne s’est pas imaginé une seule seconde que ça ne fonctionnerait pas ! On y a toujours cru.

Comment a réagi votre famille en voyant le film ?

Ils étaient fiers de moi et puis j’avais forcément envie qu’ils aiment le film. Après je suis quelqu’un de très pudique et mes parents aussi. Ils ont jugé mon travail et pas ma propre personne donc je n’avais pas d’appréhension particulière.

De plus en plus souvent, lorsqu’un film met en avant un ou plusieurs personnages féminins on le définit directement comme féministe. Selon vous, est-ce que Grave est un film féministe ?

Je ne pense pas qu’on aurait dit la même chose d’un film où il y aurait eu une équipe majoritairement masculine. J’ai beaucoup entendu dire que c’était rare qu’une femme réalise un film aussi cru. Il y a beaucoup de réalisateurs hommes qui filment les corps de manière brute, c’est le cas de Wong Kar Wai par exemple. Une femme peut faire un film cru comme un homme peut faire un film poétique et vice versa, il n’y a pas de normes ni d’étiquettes. Je ne pense pas que ça soit une histoire de femme ou d’homme c’est plus une histoire de sensibilité et de personnalité.

Comment avez-vous nourri votre travail sur Grave ? Quelles sont vos influences ?

Julia m’a demandé de voir des films en particulier comme Mulholland Drive, La Mouche, Trainspotting, The Ring. J’ai également regardé des scènes de possessions. Pour nourrir le personnage de Justine et lui donner un instinct animal, nous nous sommes inspirés de Michael Stahl-David, l’acteur principal de la série Narcos. Il a une force dans son regard, il en impose. Rien qu’en regardant vers le bas il est capable de transmettre une telle émotion ! La prestance de son regard est un élément qu’on a beaucoup recherché avec Julia.

En regardant GRAVE on se surprend à avoir beaucoup d’empathie pour le personnage de Justine, est-ce que tu as également ressenti ce sentiment d’empathie pour ton personnage ?

Oui, ce qu’il y a d’admirable dans le personnage de Justine c’est qu’elle se bat contre ses démons. C’est presque un modèle parce que dans la vie ordinaire on a tous tendance à dire « tant pis, je suis comme ça je ne vais pas changer ». Au contraire Justine se bat contre ce qu’elle devient, contre sa vraie nature et ça fait d’elle une jeune femme admirable puisque tout ce qui lui arrive est indépendant de sa volonté.

On imagine qu’après avoir tenu un rôle dans un film comme Grave vous devez avoir pleins de propositions de rôles !

Oui j’en ai beaucoup, des extravagantes ou des rôles beaucoup plus beaux, riches et intéressants. Mais pour l’instant rien est encore sur, il faut que je passe mon bac d’abord !

La suite vous l’imaginez comment ? Il y a des rôles qui vous font envie ?

Oui bien sûr, je suis ouverte à toutes les propositions, après il y a forcément des rôles qui m’attirent plus que d’autres.

Il y a des réalisateurs particuliers avec qui vous aimeriez travailler ?

Oui, j’admire le travail de beaucoup de réalisateurs après cela ne veut pas dire que j’aimerais forcément travailler avec eux. Parmi les cinéastes que j’admire il y a pas mal de réalisateurs étrangers comme David Lynch, Wong Kar Wai ou Barry Jenkins, le réalisateur de Moonlight qui a fait une mise en scène incroyable dans son film..

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