El Reino : que le roi seulement soupire et tout le royaume gémit.

Trois ans après le très remarqué “Que dios nos perdone”, thriller nerveux qui racontait la traque d’un tueur en série par deux inspecteurs pendant les Journées Mondiales de la Jeunesse de l’été 2011 à Madrid, Rodrigo Sorogoyen nous revient cette fois-ci avec “El reino” sorti l’année dernière en Espagne et en mai en France. El Reino traite de la corruption au sein de la classe politique espagnol. Un sujet qui, même si traité via le prisme ibérique, fait bien évidemment écho à de nombreuses affaires sorties ici et là dans la presse européenne. Un sujet hautement d’actualité.


Le pitch du film

Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal.

La chute d’un homme politique… et d’un système !

Même si El reino peut être considéré comme un thriller politique, Sorogoyen prend un malin plaisir à confronter les genres. Parfois film d’action (lorsque le personnage principal est en fuite et doit s’échapper d’une station service), El reino peut la demie heure suivante se rapprocher du film d’espionnage (quand l’homme politique et son avocat sont à Andorre et font tout pour ne pas se faire repérer) pour plus tard se diriger vers le suspense (quand ce même homme politique doit aller chercher des documents compromettants chez un de ses collègues de parti sans éveiller les soupçons). La réalisation caméra à l’épaule et proche des personnages amplifie l’idée de proximité et de tension que le réalisateur veut mettre en place durant les 2h11 que dure le film. La musique d’ Olivier Arson, mélange d’électro et de house renforce ce stress permanent et s’adapte parfaitement à la réalisation nerveuse de Sorogoyen.

On ne voit pas le temps passer et c’est juste jubilatoire. Assister à la chute d’un homme, adulé par les siens au début du film et haï par ces mêmes personnes ensuite est passionnant et met en évidence la complexité des rapports humains, surtout en politique ou l’idole d’un jour peut vite devenir le paria de demain. Ce qui nous ramène à des cas récents de notre propre actualité ( coucou François Fillon aux dernières élections présidentielles).

Une belle métaphore de ce qu’est l’opportunisme politique aujourd’hui, où l’intérêt collectif est souvent mis au second plan au profit de l’intérêt personnel. Dans cet écosystème si particulier, tout le monde essaie de sauver sa peau quel qu’en soit le prix… Même si cela implique le sacrifice d’un de ses anciens collègues de parti.

L’honneur d’un homme… à quel prix ?

Les premières minutes du film donne le ton général. Manuel López-Vidal (interprété par l’excellent Antonio De La Torre) fume une cigarette sur la plage et parle au téléphone. La caméra s’approche tout doucement de lui et va le suivre tout au long du film sans interruption. Le spectateur est ainsi témoin des faits et gestes du personnage principal, tel une petite souris curieuse à ses côtés. Il va donc voir la déchéance de cet homme ordinaire, qui peut nous ressembler par certains points, impliqué bien malgré lui dans une situation extraordinaire. Le parti pris du réalisateur dès le départ est de montrer l’action à travers les yeux de cet homme politique et de confronter le spectateur à ses choix. Comment réagir quand on est accusé de corruption et que tout le monde nous tourne le dos ? Jusqu’où pouvons-nous aller pour laver notre honneur ? Avons-nous le droit à une seconde chance ? Jusqu’où les citoyens sont-ils prêts à pardonner leurs hommes politiques ? 

Le spectateur dans un premier temps ressent du dégoût face au comportement de cet homme véreux. Mais plus le film avance, plus il ressent de l’empathie pour ce personnage. En effet, on comprend vite qu’il n’est qu’un bouc émissaire, une tête doit tomber pour sauver un parti politique et malheureusement il a été désigné pour ça. Plus le film avance et plus nous souhaitons qu’il réussisse, qu’il puisse au moins se défendre et laver son honneur car il n’est pas plus mauvais qu’un autre.

La scène finale et un face à face entre la journaliste (interprétée par Barbara Lennie) et Manuel López-Vidal. Elle montre que tout le monde a quelque chose à se reprocher (aussi bien la classe politique que les médias) et chacun a également un intérêt à servir, même si il est souvent finalement le même, à savoir l’appât du gain.

Sorogoyen fait un constat assez amer de notre société actuelle. Qui pouvons-nous croire aujourd’hui, à l’heure du tout spectacle et de l’instantanéité de l’information ? Tout le monde recherche son propre intérêt et cela est finalement bien triste. “ Les rois tombent , les royaumes subsistent “, telle pourrait être la morale de cette histoire.

A noter que le film a reçu le Prix de la critique au Festival du film Policier de Beaune 2019 et de nombreux prix en Espagne (Goya du meilleur réalisateur pour Rodrigo Sorogoyen, Goya du meilleur acteur pour Antonio de la Torre, Goya du meilleur scénario original et Goya de la meilleure musique pour ne citer que ces récompenses).


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