El Camino : Pinkman is back, Bitch!

Est-il encore nécessaire de présenter cette série cultissime créée par Vince Gilligan en 2008 ? Breaking Bad, série à suspense devenue un véritable phénomène de société, est restée longtemps dans les mémoires pour avoir su revisiter les codes du gangster à la télévision. Après un final grandiose qui marquait la rédemption de Walter White par le sauvetage de son acolyte Jesse Pinkman, El Camino tente d’apporter une seconde conclusion centrée sur ce dernier.  


Réalisé par le créateur de la série et produit par Netflix, El Camino est un hybride entre film et conventionnel double épisode final. Format vidéo de cinéma, image plus léchée, le film raconte la fin des mésaventures de Jesse Pinkman, première victime collatérale de la folie d’Eisenberg. Enfin libéré de ses tortionnaires, il va devoir se remettre sur pied physiquement, mais aussi financièrement pour quitter le pays et échapper à la police.

On retrouve ici la maîtrise de Vince Gilligan qui filme cette revanche symbolique en empruntant les codes du western. Longs silences entremêlés de duels et flash-back, Gilligan profite de l’occasion pour effectuer une relecture du passé de Jesse et cristallise toute la souffrance dont il a été victime depuis sa rencontre avec Walter. Les scènes avec Todd et son gang font particulièrement froid dans le dos : tantôt brutalisé, tantôt infantilisé avec calme et bienveillance par son geôlier, Jesse semble avoir quitté un dominateur pour un autre. On y retrouve l’atmosphère si particulière de la série : bien construit, alternant suspense et fulgurance comme à l’accoutumé, El Camino remplit correctement le cahier des charges. Mais six années après l’arrêt de la série, était-il vraiment indispensable ?

Même si on ne boude pas son plaisir de retrouver le personnage de Jesse cette fois-ci au centre de l’écran, le projet semble tout de même un peu forcé, comme une friandise offerte aux fans de la première heure, à grand renfort de clins d’œil et de caméos.

À force d’étirer le potentiel commercial de chaque bijou de pop culture, la magie s’étiole jusqu’à devenir insipide et sans saveur.

La simple nostalgie semble être le seul moteur de nombreuses productions cinématographiques ces dernières années et on se prend à rêver d’un monde où on laisserait les chefs d’oeuvre reposer en paix (coucou Jumanji, Star Wars, Men in black, etc..). À force d’étirer le potentiel commercial de chaque bijou de pop culture, la magie s’étiole jusqu’à devenir insipide et sans saveur. Pire, on en vient à renier l’oeuvre originelle pour ne plus participer à cette mascarade. Cependant, El Camino n’entre pas dans cette catégorie. Dispensable certes, il n’est pas sans intérêt. On sourit de voir les acteurs avec quelques années (et kilos) de plus, on savoure les références disposées avec soin ici et là, et c’est également pour nous la dernière opportunité de contempler l’impeccable classe de Robert Forster, disparu il y a peu.

Robert Forster

El Camino n’était certes pas un projet indispensable, mais simplement une jolie occasion de raviver la « hype » de la série. On le regarde avec le sourire, puis on passe à autre chose. L’idée d’une fin centrée sur Jesse n’était pas si saugrenue, mais cela ne valait peut-être pas la peine d’attendre six ans pour la voir. Le film a cependant pour qualité d’être réalisé avec finesse par Vince Gilligan, et de rendre enfin justice à cet anti-héro un peu trop malmené pendant cinq glorieuses saisons.


El Camino, disponible sur Netflix

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