Ce que l’on a pensé de Premier Contact

Un jeu à somme non-nulle, c’est juste le terme scientifique pour dire gagnant-gagnant. Et il y a peu de chances que vous en sortiez perdant, de ce jeu.
Le dernier film de Denis Villeneuve s’aventure sur un terrain que beaucoup ont essayé de traverser et sur lequel nombreux sont ceux qui ont glissé, celui de l’invasion extraterrestre.


A mi-chemin entre un Roland Emmerich détendu et un Steven Speilberg contemporain, Premier Contact fait atterrir douze gros galets noirs aux quatre coins du monde. Pakistan, Soudan, Etats-Unis, Chine… Tous voient flotter dans les airs des vaisseaux spatiaux ovales et lisses qui ressemblent aux pierres des plages de Normandie.
Et si il y a bien un point commun qu’on peut en tirer dans cette métaphore, c’est que le débarquement chamboule bien des comportements…

Denis Villeneuve, connu pour ses brillants Prisoners ou Sicario, film coup de poing à la limite du documentaire, se dirige lentement vers une carrière hollywoodienne avec une suite de Blade Runner qui se profile et un rêve d’adaptation de Dune.
Il lui fallait bien un film de transition, un univers presque à l’opposé de ses habitudes, faire même plus que de la fiction : de la science-fiction.

Et c’est bien ce qu’est Premier Contact : un film de transition.
Rien de bien révolutionnaire en termes de mise en scène et des acteurs dispensables (coucou Jeremy Renner, coucou Forest Whitaker !), voilà pour les points négatifs.
En vérité, c’est bien le propos du film qui est le plus intéressant.
Pour une fois, les aliens ne sont pas là pour envahir la terre comme on nous le présente habituellement. Ils viennent en amis, en aide même, voilà ce que nous dit la traductrice jouée par Amy Adams, qui devient donc la première traductrice terrien-extra-terrien. Tranquille Amy.
C’est elle qui établit les vrais premiers contacts, ceux qui recherchent la paix plus que l’affrontement, ceux qui sont ignorés par les forces internationales convaincus d’une menace.

Ah, la complexité de la communication ! 
Tu parles pas le terrien, tu dégages ou on t’appelle l’armée et tutti quanti. Oh tiens, mais c’est pas le propre du terrien justement ?
Tu parles pas américain, tu dégages au Mexique.
Tu parles pas à Dieu, retourne voir Allah.
Tu parles pas un langage soutenu, casse-toi chez les prolétaires.

Il y a des jours qui définissent le reste de votre vie, comme le jour où ils sont arrivés

Dr. Louise Banks


C’est transposable dans l’infinité des discriminations et des conflits d’intérêt.
Nous défendons ce qui nous façonne en attaquant ce que nous ne comprenons pas.
Et surtout, nous n’essayons pas d’apprendre de l’autre, du moment que nous pensons que tout nous est acquis. On dit que la peur fait avancer, c’est vrai. Mais elle indique souvent la mauvaise direction. Et une erreur d’aiguillage pourrait bien bouleverser la face du voyage.

En tout cas, Denis Villeneuve franchit doucement son chemin de traverse, bien aidé par une Amy Adams sobre, étourdissante, qui passe trop vite dans l’autre espace-temps.
Peut-être passe-t-elle trop rapidement d’un monde très réel, bien les pieds sur terre, à un univers complètement fictif, martien presque.
Ça ne vous rappelle rien, cette évolution ? La carrière d’un certain Denis Villeneuve, peut-être ? En tout cas, il y a beaucoup de lui là-dedans. 

Un dernier conseil : ne laissez pas votre cerveau à l’entrée, il pourrait bien vous servir. 

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