Ad Astra : Quand la conquête spatiale devient la quête du Soi

En 2013, Gravity sortait sur nos écrans et révolutionnait le film spatial par sa technicité et son hyperréalisme. Il ouvrait ainsi la voie à une série de chefs d’oeuvres qui ont délaissé le genre de science-fiction (Alien, Star Wars..) pour un réalisme sobre qui interroge sur la condition humaine. Ad Astra poursuit cette tradition à travers sa réflexion sur la quête de sens et la solitude.


Faisant suite à Seul sur Mars, Interstellar et First Man (entre autres), James Gray nous invite à un voyage dans l’espace, dans un futur proche ou l’homme a commencé sa colonisation du système solaire. Roy McBride (Brad Pitt) – astronaute d’élite – est désigné pour une mission prioritaire : voyager aux confins de la galaxie sur les traces de son père (Tommy Lee Jones), également astronaute et disparu lors d’un ancien projet spatial aux conséquences désastreuses. De la Lune, en passant par Mars jusqu’à Neptune, les tourments de l’homme vont pourtant le suivre aussi loin qu’il aille.

James Gray, réalisateur de talent à qui on doit notamment Little Odessa et La nuit nous appartient, quittait il y a peu son New York natal pour la forêt amérindienne dans The lost city of Z.  Avec Ad Astra, il élargit – non sans exagération – son terrain de jeu pour filmer cette odyssée spatiale poétique et mélancolique, superbe allégorie de la solitude humaine. Armée d’une photographie impeccable et d’une bande originale composée par le génial Max Richter (The Leftovers, Taboo, etc), Ad Astra se paye le luxe de quelques séquences d’action bien rythmées et visuellement intenses. Toutefois, si son approche métaphorique de l’espace donne la part belle à la réflexion plutôt qu’à l’action, certains détails du film tendent à maintenir une distance émotionnelle entre le spectateur et le personnage torturé de Brad Pitt.

Ce qui marque en premier lieu, c’est l’absence de scènes poignantes qui traduisent véritablement l’état émotionnel du personnage de McBride. La quête de réponses sur ce qu’est devenu son père semble être le seul leitmotiv qui le pousse à agir et pour autant, celle-ci peine à représenter un enjeu suffisamment impliquant pour le spectateur. Les interrogations en voix off de Roy Mcbride finissent par prendre le pas sur l’émotion dégagée par le personnage lui-même et par conséquents, les personnages qui l’entourent (entre autres les deux personnages féminins du film) ne semblent pas avoir plus d’impact que cela sur son parcours. S’ajoute à cela quelques ellipses et hors-champs qui entament parfois la crédibilité de l’univers du film, en évitant d’avoir à justifier des impossibilités scénaristiques. On remarque enfin plusieurs similitudes avec le scénario d’Interstellar, notamment la conquête spatiale et l’introspection du personnage principal lors de son périple. Ces quelques points, qui n’enlèvent pourtant rien à la beauté du film, nous laisse cependant avec un sentiment mitigé. On aurait aimé que l’intensité émotionnelle des personnages soit à la hauteur de l’ambition artistique du film.

Ad Astra demeure pourtant un excellent film d’une sensibilité et d’une légèreté envoutante. Très nettement marqué par les influences de Kubrik et Coppola, on peut le considérer à bien des égard comme une version revisité d’Apocalypse Now, où la traversée du Vietnam serait remplacée ici par une odyssée à travers le système solaire. Porté par un Tommy Lee Jones tourmenté comme on ne l’avait pas vu depuis The sunset limited, et un Brad Pitt solitaire en plein questionnement  sur l’humanité et sur lui-même (faisant au passage échos aux bouleversements récents dans sa vie privée et sa carrière), loin des artifices d’Hollywood, le film en laissera malgré tout quelques-uns sur leur faim.

Ad Astra, de James Gray. Sorti le 18 septembre 2019.

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